Club de Croisière Croisicais


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AN-DRO 2016 1ère partie

Québec – Lac Ontario, Septembre Octobre 2016

Contraste saisissant entre la marina de St Laurent de l’île d’Orléans et cette marina de Québec occupant la place qui était autrefois «Le» Port de Québec, et qui est aujourd’hui une gigantesque marina, pouvant accueillir plusieurs super yachts en même temps. Nous en aurons vu trois pendant notre séjour, d’une soixantaine de mètres chacun. L’ambiance n’y est pas la même que dans les petites marinas. Personne pour prendre vos amarres, on ne parle pas trop à ses voisins de ponton, un peu triste… mais cette marina a l’énorme avantage d’être pratiquement en centre-ville ce qui facilite la visite.
L’hiver, tous les bateaux sont mis à terre, et on installe sur la glace le Village Nordik du Port de Québec qui permet d’apprécier «les joies de l’hiver québécois» : pêche blanche, glissades, patinage.
Nous avons dès notre arrivée, la visite de Louis, qui non seulement est pilote du St Laurent mais est un remarquable pilote pour Québec qu’il connait comme sa poche, y ayant vécu depuis sa plus tendre enfance. Ses parents avaient une maison sur l’île d’Orléans mais son père tenait commerce à Québec où une grande partie de sa famille habitait. Nous découvrons un port actif et important, tout ou presque arrivant par le St Laurent et une ville très étonnante de vie, d’architecture, d’activités, d’animations,. Déjà en arrivant par le fleuve, on découvre la ville surmontée de son Château Frontenac que ma mousse prenait pour un bâtiment officiel, voire militaire et qui n’est en fait qu’un hôtel mais un hôtel de 611 chambres à l’architecture digne du château de Louis II de Bavière. On imagine la vue exceptionnelle que l’on peut avoir sur le fleuve depuis la plus haute chambre du plus haut des donjons !
Le problème majeur de Québec, quand on se promène en vélo est que la ville est établie sur un promontoire élevé, endroit stratégique s’il en est, qui permettait aux habitants de voir arriver l’ennemi de très loin et de canonner avec beaucoup d’efficacité depuis la hauteur de la falaise à pic. Demandez donc à ma mousse ce qu’elle pense de la Côte de la Montagne… Elle l’a montée plusieurs fois (à pied en poussant le vélo !). Mais une fois en haut elle dit que l’on est récompensé de son effort puisqu’une grande partie de ce qui est à visiter, se trouve dans la Haute Ville :
La Citadelle de Québec, située sur le Cap Diamant, avec sa relève de la garde du Royal 22ème Régiment d’infanterie, à la limite entre militaire et folklore, avec le bouc Batisse, offert autrefois par la Reine d’Angleterre (on en est aujourd’hui au 7èmereprésentant) et qui ne se prive pas de «bêler» son opinion sur la longueur de la cérémonie (37 minutes).
Le Château Frontenac, l’hôtel plus que centenaire où ont eu lieu deux conférences historiques entre Roosevelt et Churchill à la fin de la deuxième guerre mondiale.
La Terrasse Dufferin, lieu le plus visité à Québec et sa piste de luge (pour l’hiver) qui domine le St Laurent et couvre les Forts et Châteaux St Louis dont il ne reste que des vestiges.
Le Séminaire, ensemble de bâtiments imposants, resté longtemps au centre de la vie québécoise. Il a non seulement formé des prêtres mais a éduqué toute la société québécoise.
La Basilique-Cathédrale Notre Dame de Québec, joyau de l’art baroque, avec sa Porte Sainte, la seule à l’extérieur de l’Europe (ouverte autrefois exceptionnellement puis de plus en plus souvent et, en 2016, jusqu’au 20 Novembre, peut-être pour payer les faux frais puisqu’il faut donner son obole pour la passer)
L’Horloge du Jura, (qui a beaucoup plu au cap’tain) offerte par le Canton Suisse du Jura pour le 400ème anniversaire du Québec, véritable oeuvre d’art donnant l’heure du Québec et de la Suisse. Son installation à son emplacement actuel a posé de gros problèmes, du fait de son poids. L’horloge a demandé plus de 6 années de travail à des spécialistes de 28 corps de métier différents, la difficulté résidant dans le fait que les pièces d’horlogerie de grande taille ont de plus grandes variations dimensionnelles avec les changements de température, et sont finalement beaucoup plus complexes à réaliser et à régler que les habituelles petites.
Les Plaines d’Abraham (Parc des Champs de Bataille), aujourd’hui un parc pour activités d’extérieur, toujours, mais pacifiques ! : Concerts, spectacles, sentiers pour parcours à vélo, à pied, en raquette et ski de fond l’hiver, à deux pas du centre-ville.
Musée des Beaux-Arts, qui vient d’être augmenté d’un tout nouveau pavillon, Musée Naval évidemment visité par le cap’tain, Musée de la Civilisation, Musée de l’Amérique Francophone, etc…
La Basse Ville, pratiquement autour du Vieux Port comprend le très intéressant Marché du Vieux Port, destiné aussi bien aux touristes qu’aux habitants de Québec qui viennent y faire leur marché. D’après ma mousse, les prix seraient plutôt pour touristes que pour la ménagère de plus de 50 ans.
Un peu plus loin, au pied de la falaise, se trouve le quartier du Petit Champlain, regroupant les maisons du vieux village portuaire, aujourd’hui touristique et entièrement restauré autour de la place Royale avec bistrots, boutiques de souvenirs et galeries d’art. On y trouve l’étonnante fresque murale des québécois, en trompe l’oeil, qui illustre 400 ans d’histoire du Québec
C’est là que l’on trouve le funiculaire montant à la ville haute, funiculaire qui, au grand dam de ma mousse, n’accepte pas les vélos !
C’est de là que part le long du fleuve, la promenade Samuel de Champlain et sa très fréquentée piste cyclable et même cavalière puisqu’on y trouve 8 chevaux d’acier qui semblent galoper le long du fleuve.
Ils sont censés rappeler l’importance qu’a eue le cheval dans le développement de la Nouvelle-France et de l’Ouest canadien.
C’est au bout de la promenade Champlain que Louis nous a fait découvrir le Quai des Cageux. Les cageux ou draveurs étaient des conducteurs de radeaux de bois flotté depuis l’endroit où les arbres étaient abattus et jetés dans le fleuve jusqu’à leur arrivée dans les ports de chargement où les bois étaient embarqués pour l’Angleterre. Travail extrêmement dangereux où les hommes étaient debout sur les billes de bois pour les conduire dans le courant. Ce quai des Cageux était l’endroit où l’on embarquait les grumes.
Au cours du XXe siècle, le train finit par remplacer la drave et la prise de conscience de la pollution de l’eau par le mercure présent dans l’écorce des résineux (poussant sur des terrains où il y a du mercure à l’état natif), fit que le flottage fut interdit en 1995.
C’est le long du fleuve, aussi, à hauteur de l’entrée de la marina du Vieux port, près du Musée Naval, que se trouve un intéressant monument érigé «À la mémoire des marins de la marine marchande canadienne de la province de Québec perdus en mer durant la Seconde Guerre mondiale». Louis, notre pilote, a fortement oeuvré pour ce monument qui rend hommage aux plus de 1600 canadiens (dont 267 québécois) disparus lors de la bataille de l’Atlantique. Ils étaient venus là pour aider les français…
Mon équipage a passé quelques soirées très sympathiques avec Marie, rencontrée l’année dernière à Port aux Basques. Marie aime la voile et a décidé de passer sa retraite (très prochaine) sur l’eau. Elle est québécoise et envisage de s’acheter un voilier pour naviguer hors du Québec. Les discussions ont été vives entre elle et mon équipage sur les avantages et inconvénients des bateaux aluminium, des dériveurs, etc… Ce sujet peut donner lieu à des discussions sans fin. J’avoue que j’ai perdu le fil au bout d’un moment…
C’est lors de deux soirées où Marie était là que nous avons eu droit à des «Grands Feux», tirés sur le fleuve par «Loto Québec», juste devant la marina. Et encore, je n’ai eu qu’une vue partielle car lointaine mais mon équipage et Marie, qui s’étaient déplacés sur le bord du fleuve ont été d’accord pour dire que c’était les plus beaux feux d’artifices jamais vus.
Bref, En-Dro devait passer là trois jours, il va y rester une semaine, durée exceptionnelle pour une ville exceptionnelle.
Dur départ un lundi matin pour se retrouver sur le St Laurent, avec vent de SO contre le courant, dans une situation inconfortable mais heureusement avec une bonne vitesse (due au courant de marée favorable) qui nous a emmené rapidement à Portneuf : petite marina dont le principal intérêt est sa situation à peu près à mi-chemin entre Québec et Trois Rivières. Nous y sommes restés deux jours, le temps pour mon équipage de faire un tour à vélo le long du fleuve sur le «Chemin du Roy», première route carrossable à relier Montréal et Québec jusqu’à Deschambault, un des plus beaux villages du Québec.
Il s’agit ensuite de traverser un passage réputé difficile : Les Rapides Richelieu. Le guide décrit ces rapides à fort courant comme sinueux et étroits.
Mais le cap’tain, très professionnel, ne se contente pas du guide et étudie attentivement la carte pour s’apercevoir assez vite que le passage est pratiquement rectiligne et qu’il y a 450 mètres entre les récifs de part et d’autre du chenal. Il en conclut aussitôt que, comme souvent, les guides gonflent les difficultés, peut-être pour inciter à la prudence ou pour une recherche de sensationnel. Ou peut-être que si l’on dit que tout est facile, cela n’intéressera pas les gens… En tout cas, nous passons ces rapides sans peur et sans reproches si ce n’est que, partis tôt pour éviter le vent contraire qui se lève invariablement en milieu de journée, nous n’avons pas le bon courant et notre vitesse est plutôt triste (moins de 2 Nds par moment au début). C’était pourtant la dernière portion du trajet où nous aurions pu profiter encore de la marée montante. Après ces rapides, nous aurons toujours le courant contre nous.Malgré notre faible vitesse, nous finissons par arriver sans encombre à Trois-Rivières. Pourquoi ce nom ? Parce qu’à son confluent avec le St Laurent, la rivière St Maurice est divisée en trois branches par deux îles. Les premiers arrivants ont donc cru avoir à faire à trois rivières. La marina est très champêtre, installée sur une des îles qui divisent la rivière. Mais une fois installé on s’aperçoit que sur l’île d’en face, est installée une grosse usine, bruyante et odorante. Nous apprendrons plus tard que c’est une des dernières papeteries de la ville qui a eu à un moment la plus grande papeterie mondiale. Et c’est Boréalis, le Musée de la Papeterie, justement, que mon équipage s’en va visiter. Sébastien l’avait indiqué à ma mousse comme «à ne pas manquer» et ils ne l’ont pas manqué.

C’est une ancienne papeterie, aujourd’hui transformée en musée, où restent des machines et une partie de l’infrastructure, entre autre l’usine de filtration de l’eau pompée dans la rivière. L’histoire du papier commence en haut de la rivière St Maurice, source inépuisable de troncs qui descendent par la rivière qui, elle-même, fournit l’eau nécessaire à la fabrication. Tout était donc réuni en un même endroit, ce qui explique l’essor important, à Trois Rivières de la papeterie qui a fait vivre des générations de familles et marqué la ville de façon indélébile.
Il nous reste ensuite une grande étape jusqu’à Montréal. Le cap’tain décide de fractionner le trajet. Sa raison principale est que, en remontant la rivière, l’eau du St Laurent s’est considérablement radoucie. Nous naviguons maintenant dans une eau tout à fait douce, à la température presque tropicale de 25°.

Nos deux étapes sont donc des mouillages et mon équipage plonge avec délice dans cette eau claire et tiède. Cela fait du bien au moral du cap’tain dépité de naviguer dans l’eau froide et à son dos qui reste toujours fragile.
Reste maintenant à trouver une marina à Montréal dont nous approchons résolument. L’idéal serait, comme à Québec, de s’arrêter à la marina du Vieux Port, c’est-à-dire en plein centre-ville. Mais Hélène, notre informatrice toujours au courant, nous a avertis que la marina était fermée pour cause de grève. Elle nous a dit aussi que la marina de Longueil, face à Montréal n’avait pas de place pour un gros bateau comme le nôtre… Gros, moi, jamais, juste un peu enveloppé… En fait, il y a quand même à Longueil une place (une seule, pas deux…) qui vient de se libérer. C’est Hélène, bien sûr qui nous en avertit et nous nous retrouvons dans la verdure, sagement amarrés au ponton de la marina. C’est dit, il faudra prendre la navette pour aller en face, en centre-ville. Nous irons ensuite à la marina de Lachine, où habite Hélène, qui a proposé à mon équipage, ravi, de lui faire faire un tour dans la région.

En fait, mon équipage ne prendra pas la navette car le cap’tain, pourtant en général bien solide sur ses deux jambes, trouve moyen de tomber en enfourchant son vélo qu’il reçoit dans les côtes. Je vois revenir à bord un équipage éclopé, le cap’tain peinant à retrouver sa respiration. Plus question de navette. Et ma mousse avertit Hélène par mail, qu’il y aura peut-être un ou deux jours de délai pour aller à Lachine, d’autant plus qu’il y a deux grosses écluses de la Voie Maritime à passer et que le cap’tain n’est pas en état de tirer sur les boutes.

Du coup nous voyons arriver Hélène, ancienne infirmière chevronnée, venue voir de visu, si le malade a besoin de soins ou pas. Finalement, comme tous les problèmes de côtes, du moment qu’il n’y a rien de cassé, la seule chose à faire est d’attendre que les choses se remettent d’elle-même et en attendant, de souffrir en silence.

Par contre, Hélène, qui est une femme de ressource, nous propose de nous accompagner pour le passage des écluses. C’est surement une bonne idée et mon équipage accepte avec reconnaissance. Juste un ou deux jours, je ne sais plus, pour se remettre du choc et nous partons, de bon matin. Hélène a vu sur le net, que la première écluse pour les plaisanciers est à 9h.

Un mot sur la "Voie Maritime": Autrefois, les gros bateaux ne pouvaient remonter au-delà des Rapides Richelieu qui ont fini par être dragués mais les Rapides de Lachine, juste après Montréal constituaient
toujours un obstacle infranchissable. Les bateaux empruntaient de petits canaux dont le Canal Lachine mais les tonnages restaient très modestes.
Après des travaux gigantesques faits conjointement par le Canada et les Etats Unis, la "Voie Maritime" qui rend le St Laurent navigable jusqu'au lac Ontario grâce à 7 écluses a été ouverte à la circulation des gros navires en 1959.
Nous nous amarrons donc au ponton d’attente de la première des écluses largement avant 9h. Le temps de laisser passer un cargo descendant et nous voilà dans l’écluse, vide quand nous y arrivons, puisque nous sommes montants. Les éclusiers nous envoient deux amarres que nous prenons à l’avant et à l’arrière. Il n’y a plus qu’à reprendre régulièrement le mou des amarres au fur et à mesure que le niveau monte et à régler le prix de l’écluse (30$) en arrivant en haut à hauteur d’éclusier. Etre trois à bord est confortable puisque le cap’tain peut rester à son poste et s’occuper de la manoeuvre pendant que ses matelotes s’activent sur les boutes.
Comme nous ont dit les éclusiers en ayant l’air de le plaindre (ou pas ?) «le capitaine est pogné avec deux femmes». Je n’ai toujours pas bien compris le sens du verbe «pogner». Dans le cas présent, cela peut s’interpréter de plusieurs manières, je vous laisse le choix…
Sitôt passées les deux écluses, le cap’tain oblique vers Lachine où nous attend Jules, le mari d’Hélène. Nous nous retrouvons donc amarrés en bout de ponton, sur deux places car apparemment, En-Dro est vraiment gros pour la région…
S’ensuivent deux journées parmi les plus denses du voyage. Le cap’tain, le soir, passe directement le soir de la voiture à son lit. Hélène et Jules ont décidé de faire découvrir à mon équipage leur région, entièrement tournée vers l’eau, du fleuve ou des canaux. Depuis l’ouverture de la Voie Maritime, le canal Lachine n’est plus fréquenté que par les plaisanciers ou les bateaux touristiques, la rivière d’Ottawa également, qui débouche juste derrière Lachine et ses rapides (que la voie maritime permet d’éviter). Indépendamment des canaux et rivières, le St Laurent et les lacs où il s’étale entre les parties de rapides, est omniprésent par ici. Nous étions à Lachine le WE de la fête du Travail, (1er lundi de septembre en Amérique) par un temps magnifique et, comme tout le monde a un bateau (même très modeste) ou connait quelqu’un qui a un bateau, tout le monde était sur l’eau.



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