Club de Croisière Croisicais


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                                                                                                                                 Permanence tous les samedi de 11h30 à 13h30 à l'ancienne criée

 
 
EN-DRO
 

  Chesapeake Bay– Juillet à Octobre 2014
 
Nous voilà donc dans la Chesapeake. Mais là on ne rit plus, nous sommes quasiment en mer, il est temps de ranger les pots de fleurs. En fait, il n’y a pas de pots de fleurs mais il va falloir ranger un peu l’intérieur, coucher les bouteilles laissées droites sur les étagères, mettre les fargues de la table du carré pour empêcher le bazar de tomber, rentrer les vélos qui sont depuis tout ce temps restés dehors et n’avaient jusqu’alors jamais reçu une goutte d’eau de mer. Moi-même, bien calé sur mon perchoir je vais devoir sans doute reprendre ma vigilance habituelle aux coups de roulis (de temps en temps il me faudrait une ceinture de sécurité pour me tenir !). Nous avons eu un avant-goût de cette navigation dans l’Albemarle qui avait été assez agitée et où du petit matériel avait valsé.
 
La Chesapeake est une baie formée des estuaires de plusieurs fleuves et rivières (dont le Potomac, la rivière de la capitale, Washington) et qui s’étend sur environ 300 Km du Nord au Sud. Ses côtes, extrêmement découpées représentent plus de 18000 Km, c’est dire l’importance du potentiel nautique. Moins important que ce qu’on pourrait croire cependant car la plus grande partie de la baie est très peu profonde (moins de 2 mètres d’eau sur 75% de sa surface) et c’est justement cette zone côtière qui nous concerne. Le cap’tain a appris au musée de Norfolk «qu’un homme pourrait marcher par temps calme dans 70 % de la surface de la Chesapeake sans mouiller son chapeau» !
Avec son faible tirant d’eau (2,90 m dérive basse mais seulement 1.10m dérive relevée), En-Dro peut remonter les grandes rivières (à condition qu’il n’y ait pas de pont de moins de 65 pieds !) mais ne peut remonter toutes les petites rivières sympathiques et abritées malgré toute la science du cap’tain.
Il y a des années, notre mousse avait lu le bouquin «Chesapeake» de James Michener qu’elle avait adoré et dont elle garde un souvenir ému. Son plus grand regret est de ne pas l’avoir relu avant d’y venir. Nul doute qu’elle ne s’y replonge dès son retour au Croisic mais je n’y serai pas pour recueillir ses commentaires !
 
Nous sommes donc partis de Norfolk le lendemain d’un coup de vent orageux dont l’annonce nous avait fait rester à la marina. Le cap’tain a fait sagement puisque nous avons appris peu après qu’un bateau avait coulé suite à ce coup de vent. Moralité : deux morts qui auraient pu surement être évités avec un peu de bon sens et de précautions…
 
Nous montons assez vite jusqu’à Annapolis, première grande ville sur le parcours, essayant de trouver des mouillages à la fois abrités et accessibles, même dérive remontée. Il ne s’agit pas de rester plantés dans la vase et de ne plus pouvoir s’en défaire. Jusqu’à présent, le cap’tain a toujours réussi à sortir de la vase locale, même si, quand il relève son mouillage, il en garde de noires  traces sur lui ! Heureusement qu’il a installé une pompe eau de mer avec le tuyau adéquat ce qui lui permet de rincer sa chaîne au fur et à mesure qu’il la remonte et de ne pas stocker toute cette vase dans la baille à mouillage où, quand la vase est sèche, il n’y aurait plus qu’un seul bloc chaîne-vase…
 
Bref rien de particulièrement notable jusqu’à Annapolis où nous sommes arrivés un lundi matin. Nous avions passé le WE précédent dans la rivière juste au sud de celle d’Annapolis, ne souhaitant pas arriver à la marina un dimanche, plus cher que les jours de semaine. Sachant la crique que nous convoitions très fréquentée le dimanche, le cap’tain s’est dépêché pour y arriver assez tôt (cela dépend du trajet à faire et n’est pas toujours possible). La bonne heure est après 11h pour donner le temps aux non matinaux de quitter les lieux mais avant midi pour être les premiers à prendre la place. C’est ce que nous avons fait : mouillage sans problème et une heure à peine après notre arrivée, l’anse était bondée de bateaux mouillés dans tous les sens, souvent à couples et même à quadruple. Voire pas mouillés du tout et tournant en rond en général à plein gaz, de quoi troubler la meilleure des siestes. Cela nous a rappelé un mouillage idyllique à Ilha Grande au Brésil où l’eau, transparente et pure au petit matin, n’avait retrouvé qu’une partie de sa sérénité le soir une fois disparus tous les gros moteurs qui y avaient tourné toute la journée. Mais elle était restée un peu trouble et fleurant bon l’essence.
 
Plusieurs grandes villes de la Baie dont Annapolis revendiquent le titre de capitale du sud du Yachting. Est-ce vrai ? Nous ne saurions le dire mais l’endroit s’y prête avec ses multiples criques, ses marinas géantes, ses yacht clubs hyper chics et ses évènements nautiques à répétition. Pas forcément le style d’En-Dro d’autant plus que les prix augmentent avec la concentration et là, nous atteignons des sommets : 2,75 USD par pied et par nuit(En-Dro fait 45’). Et peut-être n’avons-nous pas fini… Vive les mouillages sauvages.
 
Arrivés à ce point de notre voyage, je sens mon équipage hésitant. Il faut déjà penser à l’hiver prochain et trouver un chantier pour mettre En-Dro au sec, avec son fidèle gardien. Ils veulent aussi profiter du temps qui leur reste encore pour visiter Washington DC, capitale des USA, qui n’est qu’à ½ heure d’Annapolis et voir un peu l’intérieur des terres. Je les vois donc disparaître un beau matin. Ils ont loué une voiture et partent pour Washington. Ils vont en revenir fatigués et écœurés. En effet, partir à l’heure de pointe pour une capitale que l’on ne connait pas du tout, avec seulement un mauvais plan (ils n’ont pas trouvé mieux) est manifestement une entreprise difficile. Ils trouvent après quelques tours de quartier un parking où laisser la voiture et prennent un bus touristique à étage qui vous montre                      
tous les endroits à voir : le Capitole, la Maison Blanche (qui est grise), et des «Mémorials» en tous genre (cela va du temple grec pour Lincoln au carillon du Taft Memorial). Il y en a à la mémoire de Washington, de Lincoln, Roosevelt, Jefferson, Einstein, Martin Luther King, des vétérans de la guerre du Vietnam, des vétérans de la guerre de Corée, sans oublier bien sur les «Mémorials» des deux guerres mondiales où l’on est saisi de voir la liste des américains disparus pour être allés aider un pays lointain qui n’était rien pour eux. Ceci n’est que la liste des plus grands «Memorials» mais il en existe à presque tous les coins de rues et la mousse est revenue de Washington avec une indigestion de mémoriaux.
 
Ils sont passé aussi avec leur bus touristique au cimetière d’Arlington, de l’autre côté du Potomac, où le cap’tain tenait à aller en pèlerinage. Il a beaucoup fait, quand il était président de la Station de Sauvetage du Croisic pour la construction du canot de sauvetage tous temps, canot nommé «Pierre Robert Graham».
Pierre R. Graham était fils d’un soldat américain venu combattre sur le sol français en 1917 lorsque les américains vinrent avec leurs blindés et leurs avions nous aider à sortir d’une guerre de position (les fameuses tranchées) dont on ne voyait plus la fin. Faute d’aérodromes en France les «avions» américains étaient des hydravions. Arrivés en caisse par cargo à St Nazaire et montés au Croisic sur la grande jonchère et celle du du Lénigo devenues pendant quelque temps base aéronavale américaine, ils formaient avec les avions français basés au pré brulé une escadrille côtière chargée de lutter contre les sous-marins allemands.
Au retour du front le père de Pierre R. Graham, resté en France, épousa une nazairienne. De cette union naquit à St Nazaire Pierre Robert citoyen à la fois français et américain qui s’engagea dans l’US Navy en 1940, et s’y distingua au point d’être aujourd’hui enterré au cimetière des héros nationaux à Arlington.
Sur la plage de St Nazaire un monument figurant un soldat américain arrivant sur le dos d’un aigle commémore l’arrivée des soldats américains en 1917 (nous aussi nous avons nos «Mémorials»). Les allemands à leur arrivée à St Nazaire en 1940 ne trouvant pas ce mémorial à leur gout le firent sauter. Après la guerre une association dont Pierre R. Graham fut un temps président, fût crée pour le reconstruire. L’ «Association du monument américain » reçut beaucoup d’argent de France et des Etats Unis. Le monument reconstruit, il en restait encore beaucoup.
Lorsque la station de sauvetage du Croisic décida d’acquérir un canot tout temps l’Association du monument américain nous offrit ce qui leur restait en caisse, un million de francs, en demandant que le canot porte le nom de Pierre Robert Graham. Voilà pourquoi le canot de sauvetage du Croisic porte le nom d’un marin franco-américain héroïque et pourquoi le cap’tain et sa mousse sont allés aujourd’hui en pèlerinage à Arlington devant l’urne où reposent les cendres de Pierre R. Graham : court 2, section Z, colonne 5, niche 2.
Car ce cimetière immense et extrêmement fréquenté est aussi très bien organisé. Chacun peut y venir se recueillir sur une tombe : à l’entrée, un ordinateur est à disposition dont l’imprimante fournit la localisation exacte de la tombe recherchée, le parcours le plus court pour y arriver, la distance à parcourir et le temps de transit à pied.

Ils n’ont pas réussi à revenir en voiture au Mémorial Martin Luther King, tournant en rond dans les bretelles d’autoroutes et autres voies rapides et ont fini leur journée en montant à la cathédrale épiscopale de Washington (construite sur la plus haute colline de la ville), que le cap’tain, grand amateur de cathédrales a parcouru en tous sens.
Journée très dense, donc, et fatigante, du fait des embouteillages monstres au départ et à l’arrivée et de cette ambiance de ville dont mon équipage et moi-même n’avons plus l’habitude.
Le lendemain la sortie a été plus tournée vers la campagne en bord de mer. Il s’agissait de faire le tour des chantiers susceptibles d’accueillir En-Dro pour l’hiver. Espérons que de tout ça sortira le chantier idéal.

C’est pour cela aussi qu’en remontant vers le nord, la recherche va continuer vers la Delaware que nous atteignons en passant le canal C & D (Chesapeake et Delaware). C’est un canal d’une vingtaine de milles de long, creusé de main d’hommes au début du 19ème siècle. La réalisation a été tardive mais l’idée datait de plus d’un siècle. C’est un canal reliant Chesapeake Bay à la Delaware. Ce canal permet de réduire de 300 milles la distance entre Philadelphie et Baltimore, les deux grands ports de la région. Il a coûté un nombre important de vies humaines mais a été financièrement rentable surtout après la suppression des écluses qui a permis de diminuer les frais de passage, d’augmenter la taille et la capacité des navires et de raccourcir le temps de transit. Mais ce fut le déclin inévitable de Chesapeake City, à l’entrée du canal, qui d’arrêt obligatoire à l’écluse est devenue la ville d’où on regarde passer les bateaux : «Ship watch Inn» (pour Ship watching, jeu de mots dont sont friands les américains), ainsi s’appelle l’auberge du canal. En-Dro a lui aussi tiré profit de ces améliorations (hormis la taille des écluses qui n’aurait pas été un grand problème).
 
Nous arrivons à la marina de Delaware city sous un déluge et sous visibilité réduite ce qui n’est pas pour faciliter l’entrée dans le port avec ses hauts-fonds et son courant traversier. Le capitaine négocie cela habilement et nous nous retrouvons trempés comme des soupes mais solidement accostés au ponton de la marina. Delaware city est un village, dont on peut se demander de quoi vivent les habitants, jusqu’à ce qu’on découvre, en amont de la rivière, juste derrière la ville, un complexe pétrochimi-que qui fait vivre toute la région. La devise de la ville «Historic past, bright future» (passé historique avenir brillant !) nous avait paru au premier abord optimiste pour ce qui était du futur. Finalement, nous avons compris que la région était pleine d’avenir grâce à son industrie. Une industrie chimique qui fut fondée en 1802 par la famille Du Pont de Nemours. La poudrerie d’origine qui prospéra avec la guerre de 1812 contre les anglais puis avec la guerre de sécession s’est ensuite diversifiée dans les textiles artificiels, le caoutchouc synthétique etc…Les étudiants viennent même de Chine à l’Université de la Delaware pour se former aux métiers de la chimie. Les futurs concurrents sont déjà à pied d’œuvre.
 
Delaware city est célèbre également par son restaurant tenu par Mr et Mme Lewinsky sur la Clinton avenue, ça ne s’invente pas, et ils s’en font une pub cocasse.
 
De nouveau, mon équipage m’abandonne à mon triste sort et part en voiture, découvrir la côte atlantique du New Jersey (péninsule entre Delaware et Océan). La côte atlantique est marécageuse avec un cordon d’îles littorales toutes reliées maintenant par des ponts. Ces îles sont de petits Croisic ou des grandes La Baule. Rien de dépaysant apparemment pour mon équipage. Ils ont quand même été surpris par Atlantic city. La ville balnéaire est devenue un mini Las Vegas : plusieurs casinos, hôtels immenses comme savent si bien les faire les américains. Donald Trump est passé par là et y a laissé son nom. Bref, rien qui fasse rêver mon équipage avec la plage invisible derrière les grands immeubles. Et souvent sur les maisons particulières (il y en a quand même mais pour combien de temps ?) des pancartes «Stop aux taxes qui nous tuent» !. Il y a manifestement des problèmes dans cette ville, ce dont nous avons confirmation quelques jours plus tard à la télévision, en apprenant que deux casinos vont fermer faute d’être assez rentables et laisser plus de 3000 employés sur le carreau (sur les 8000 actuels).
 
De Cape May, au sud de la Péninsule, à Atlantic city, les marinas et chantiers ne sont pas convaincants et chers (aussi chers que la chambre du motel qu’a trouvée in extremis, mon équipage, plus de trois fois plus chère que dans le nord de la Delaware). Rien d’intéressant de ce côté ci du canal.
En rentrant par l’intérieur, autour de Dover, capitale de la Delaware, mon équipage a un bref aperçu de la culture amish (culture dans tous les sens du terme) : maisons sans voiture, impensable aux USA, fermes à l’ancienne, charrettes à chevaux sur les routes. Juste un petit bémol amish : une charrette dument tirée par des chevaux mais transportant des jerricans de gas-oil. On se prive de voiture et on a gardé les chevaux mais on utilise les machines agricoles modernes.
Un autre détour dans l’intérieur vers Whitesbog, minuscule hameau où une femme a installé autrefois une exploitation de cranberries (canneberges). Elle a employé jusqu’à plus de 600 personnes sur sa ferme. La culture des cranberries a rappelé au cap’tain le système des marais salants.
        
Les cranberries poussent dans ce que l’on pourrait appeler une saline mais d’eau douce, sans œillets, avec son profil particulier (peu profonde au centre, plus profonde tout autour au pied de la digue de terre). L’eau est stockée dans des vasières communicant avec les «salines» par des trappes ou bien est amenée par des arroseurs en période de sècheresse. Pour récolter les cranberries on noie les «salines», les cranberries mûres flottent, il n’y a plus qu’à passer avec une machine qui fini de détacher les cranberries de leur branche et les ramasse en écrémant la surface de l’eau.
 
Le cap’tain pensait monter maintenant jusqu’à New York et revenir ensuite. La mousse préférait revenir dans la Chesapeake où nous avons passé un peu rapidement et aller faire le tour des coins et recoins de cette baie extraordinaire. Au printemps, nous partirons directement pour le nord pour être au Canada avant la fin mai pour renouveler le cruising permit du bateau qui expire le 31 et nous n’aurons plus le temps de visiter quoi que ce soit. Une fois passés nos quinze jours obligatoires dans les eaux étrangères, nous reviendrons aux US pour retrouver un nouveau cruising permit et explorerons la côte de New York à la frontière canadienne, avant de remonter définitivement vers St Pierre et Miquelon et le Canada.
 
Finalement, En-Dro va donc repasser le canal dans l'autre sens (d'est en ouest) pour revenir dans Chesapeake Bay où se trouvent les chantiers les plus intéressants et pour une fois, nous allons naviguer tranquillement de criques en criques. Une petite pause à Chesapeake city où le free dock était libre. Il est limité en principe à une seule nuit mais mon équipage est allé demander à la mairie si, en raison du très mauvais temps annoncé pour le lendemain, nous pouvions rester une nuit de plus. Permission accordée sans problème. Nous avons donc une nuit de grâce. La journée pluvieuse et venteuse qui s’annonçait a été l’occasion pour le cap’tain de visiter le petit musée local qui montre les travaux gigantesques effectués sur le canal et explique comment la ville s’est endormie du jour au lendemain après la mise à niveau du canal supprimant les écluses.
 
Sitôt sortis du canal, nous remontons dans la Upper Bay, vers "éveur di grèsse" (ne surtout pas prononcer Havre de Grâce, ils ne connaissent pas !!!). Le Marquis de La Fayette y arrivant alors que le hameau n’avait pas encore de nom, se serait exclamé «c’est Le Havre !» car le lieu à l’embouchure d’une rivière lui rappelait Le Havre en France (Le Havre de Grâce à l’époque). La ville s’appelle ainsi depuis. Le cap’tain, qui connait bien Le Havre pour y avoir passé quatre ans à l’école de la Marine Marchande, nous a certifié que les deux Havres n’avaient aucune ressemblance : ici, pas de falaises de craies, pas d’eau profonde donc pas de grand port et rien de commun entre la Seine (navigable jusqu’à Paris) et la Susquehanna pour laquelle il a été nécessaire de creuser un canal latéral pour permettre un minimum de commerce avec l’intérieur.
 
Nous allons y rester quelques jours pour réparer le ventilo du compartiment moteur Bd qui est mort (West Marine, grosse chaine de shipchandlers, en vend et il y en a un pas loin). Nous pensions aussi assister au Seafood festival qui se tient ici à la mi-aout mais le Seafood festival s’est tenu le WE dernier, ce WE ci, c’est Art Show. L’art a remplacé les fruits de mer, je ne pense pas y gagner mais de toute façon il n’y a pas le choix. En 1789 quand il s’est agi de choisir une capitale pour les nouveaux Etats-Unis, HdG a été en ballotage avec Washington qui a finalement été choisie grâce à la voix déterminante du Speaker de la Chambre. Peut-être dommage pour elle mais du coup, HdG est restée une petite ville à taille humaine, agréable à arpenter en vélo et où la marina est en centre ville.
 
En 1813 la ville a été attaquée et complètement brûlée par la marine anglaise. Il s’agit d’une guerre que les américains appellent la guerre oubliée car chez nous, qui sait que trente ans après leur indépendance obtenue de haute lutte, les Etats-Unis ont déclaré la guerre aux anglais ? Affaiblie par presqu’un siècle de guerre contre la France et en pleines guerres Napoléoniennes, l’Angleterre ne put que riposter par des raids côtiers contre les nids de corsaires qu’étaient devenus les multiples affluents de la Chesapeake. De son côté, la nation américaine, encore composée d’une juxtaposition d’ex-colonies, sans armée expérimentée et sans marine sérieuse, y faisait difficilement face et deux ans plus tard, en 1814, les deux ennemis, essoufflés, signèrent le traité de Gant qui ne faisait qu’officialiser le statu quo antérieur. Des destructions et des morts pour rien si ce n’est que les combats avaient donné au peuple américain le sens d’appartenir à une même nation, ce qu’ils n’avaient pas jusqu’alors. La Chesapeake, aux premières loges, a été le théâtre de nombreux raids de la marine anglaise et la moindre bourgade a été touchée comme on nous le montre à chaque escale. Les troupes de débarquement anglaises sont allées jusqu’à brûler Washington et la Maison Blanche le 24 août 1814. Deux cents ans après, à bord de En-Dro, nous apprenons que l’ambassadeur anglais à Washington a envoyé un gâteau avec des «sparkling candles» à la Maison Blanche accompagné d’un tweet promettant que cette fois-ci il n’y aurait que des « étincelles »… cet humour pourtant très américain, a été très controversé par le monde politique local.
 
L’escale suivante est un dernier essai de chantiers à Baltimore dans une marina dont le cap’tain a entendu parler en bien. Il s’agit d’une marina un peu excentrée et pas trop chère. Finalement, les réparations n’ont pas l’air d’y être plus faciles et rapides qu’en d’autres endroits, les prix de l’heure de travail dans cette grande ville sont importants et la situation de la marina est rédhibitoire : elle se trouve en effet sur une pointe séparée de la ville par une autoroute et pour aller en ville il faut emprunter des bretelles compliquées, dangereuses et défoncées. Les grilles d’égout sont de simples barreaux mis dans le sens de la chaussée et suffisamment écartés pour que la roue du vélo tombe dedans. De plus, le quartier est plutôt mal famé et il n’est pas question de sortir de la marina ou de la base navale qui la jouxte à la nuit tombée à pied comme à bicyclette. Le cap’tain a quelques réparations à faire sur ses moteurs (l’éternelle fuite de liquide de refroidissement qui n’empêche pas de naviguer mais est un souci) et pense rester quinze jours, trois semaines à bord après avoir mis le bateau à terre. La vie dans ces conditions à la marina n’est donc pas envisageable, quels que soient les prix et la diligence du chantier. Et ce, d’autant plus que la marina qui cumule tous les prix de vertu écologique est en fait une sorte d’égout que nous avons hâte de quitter.

Nous avons retrouvé sur cette marina un vieux «skipjack», bateau de pêche aux huitres du Havre de Grâce : Le «Martha Lewis» en grande réparation, en espérant qu’il retrouve la mer un jour. Premiers dériveurs dans l’histoire de la marine, ce sont les bateaux typiques de la Chesapeake, grées en sloop avec une immense bôme dépassant largement sur l’arrière, champions de la pêche aux huitres.
 
Cette escale à Baltimore nous aura quand même permis de rencontrer enfin les amis d’Yves, Mike et Sally, qui habitent Washington. Nous pensions les voir à Annapolis mais la rencontre n’avait pas pu se faire. Mike est architecte naval, spécialiste de la construction des bateaux en aluminium. Rien de mieux pour intéresser le cap’tain et à la fin de la journée, si leurs deux jeunes garçons n’avaient pas été là, qu’il fallait ramener à la maison, je pense qu’on aurait pu laisser Mike et Gilles refaire le monde des bateaux alu jusqu’au matin. La mousse (parfois lassée des conversations autour du bateau) était plus intéressée par le travail de Sally qui travaille comme ergothérapeute, surtout avec des enfants, dans plusieurs institutions de Washington. Ils ont déjeuné à bord et En-Dro leur a offert ensuite une mini-mini croisière puisque nous devions changer de ponton. Nous souhaitons nous revoir et devrions les retrouver à Washington où le cap’tain a fort envie d’aller. Il suffit de remonter les 100 milles du Potomac pour arriver à la capitale. Une bagatelle après les plus de 8000 milles qu’à enregistrés En-Dro depuis son lancement.
 
En attendant, mon équipage disparait encore au volant d’une voiture de location. Ils ont commencé par suivre le C & O Canal National Historic Park. On s’y balade le long d’un ancien canal qui rejoignait autrefois par le Potomac la Chesapeake à L’Ohio. Le canal aujourd’hui disparu était un enjeu stratégique pendant la guerre de Sécession. Il fut donc intelligemment démoli par les deux camps, chacun essayant d’empêcher l’autre d’en profiter.
Ils se sont dirigés ensuite vers les Appalaches, rangées de montagnes toutes proches dans l’intérieur. L’idéal aurait été de faire l’Appalachian trail, plus long sentier de grande randonnée du monde, près de 2200 milles s’étendant sur 14 états, du Maine au Nord à la Georgie au Sud. Mais je ne vois pas ma mousse faire le 1000ème de la distance. Ils ont donc fait la partie Maryland en voiture. Le paysage y est très différent du paysage côtier et l’architecture des maisons leur a rappelé par moment les montagnes du Jura. Peut-être que les hivers n’y sont pas aussi rigoureux mais il s’agit manifestement d’une moyenne montagne surement très enneigée l’hiver.
Le trail passe bien sur par plusieurs National Parks mais ils n’ont traversé que le Washington Monument State Park où, en 1827, les 500 habitants de Boonsboro, le village local, ont érigé sur une hauteur, un monument à la gloire de Georges Washington. D’une dizaine de mètres de haut, ce monument a servi de tour de guet et de signalisation pendant la guerre civile (appellation américaine de la guerre de sécession) puis est tombé en ruine. Il a été restauré par la suite et est aujourd’hui un monument national.
Toute cette région a vu de nombreux combats pendant la guerre de Sécession. C’est là qu’a eu lieu la victoire décisive de Gettysburg. Le musée du Monument, lui-même essaie de faire revivre une de ces batailles. Mais le cap’tain a arrêté avant la victoire, saturé des détails sans fin de la stratégie. C’était bien la première fois que la mousse voyait son cap’tain ne pas écouter jusqu’au bout une explication…
 
Une fois revenu au port et tant qu’à être dans les batailles, ils sont allés visiter le Fort Mc Henry, endroit stratégique pour la défense de Baltimore. Pendant la guerre oubliée dont je vous ai parlé tout à l’heure, Baltimore a essuyé une attaque en règle de la flotte anglaise. Le Fort a été pilonné pendant 25 heures et au petit matin, quand les bombardements se sont tus, une énorme bannière étoilée est hissée triomphalement pour faire connaître à tous que le fort est toujours américain. Francis Scott Key qui était allé sur un bateau anglais pour négocier un échange de prisonniers et avait assisté impuissant au combat a vu dans la brume du petit matin l’immense drapeau se déployer sur le fort. Il a su ainsi que les américains avaient résisté et a composé alors son poème : «Défense du Fort Mc Henry», devenu rapidement le «Star spangled banner», hymne national de la jeune nation (chanté sur un air de chanson à boire pour que tout le monde le retienne facilement).
 
Maintenant que plus rien ne nous retient à Baltimore, cap au sud. Un coin que nous n’avons pas du tout exploré à la montée se trouve sur la rive est de la Chesapeake. Mon équipage souhaite visiter le musée de la Chesapeake à St Michaels. Nous repassons sous le Bay Bridge, ce pont gigantesque qui traverse la baie juste au-dessus d’Annapolis. Là, au moins, pas de problème de tirant d’air. On devrait pouvoir passer dessous avec deux En-Dro mis l’un au dessus de l’autre. En fait, le cap’tain ne nous emmène pas à St Michaels directement pour plusieurs raisons. St Michaels n’est pas sur notre route et aller jusque là nous fait faire un grand détour. La marina est très chère (3,60$ par pied) pour ce WE qui est un grand WE puisque le lundi 1er septembre est le «Labour day», le premier mai des américains et de toute façon elle est déjà au grand complet. Les mouillages devant la marina ne sont pas très abrités  « en cas de quoi que ce soit… » Toutes ces bonnes raisons pour arriver jusqu’à un petit mouillage au fond de la crique San Domingo (du bon côté pour notre route). Le fond de la crique arrive sur l’arrière de St Michaels où l’on trouve un dinghy dock d’où le centre ville n’est qu’à quelques pas. Nous y arrivons le vendredi avant ce fameux WE, seulement trois bateaux sur l’eau. Au plus fort du WE, nous serons jusqu’à 24 bateaux. Mais l’endroit est vaste et tout le monde trouve sa place.

Et revoilà mon équipage au musée : C’est le musée local qui nous apprend tout sur la Chesapeake. Ils y arrivent le samedi précédent le Labour Day, jour de la grande vente aux enchères qui permet au musée de se financer. Les gens donnent au musée de petits bateaux : bateaux à moteur, voiliers, dériveurs, canoës, motos de mer ou n’importe quoi qui flotte (il y avait même du plus petit matériel genre puces nautiques). Tous ces objets sont vendus à «l’Auction» du samedi après midi. Chaque vendeur reçoit un certificat du prix de vente à déduire de ses impôts. Je ne saurai dire, bien sur, combien cette vente a rapporté mais d’après cap’tain et mousse, le stock était très bien fourni et il y en avait pour tous les goûts. Et du coup, pour encourager le monde à venir aux enchères, le prix d’entrée du musée était seulement de 5$ au lieu de 12$, même sans intention d’acheter le moindre bateau à la vente !
 
Ce musée, qui se trouve dans un ensemble de vieux bâtiments dispersés le long du rivage sur plus de 7 Ha et qui abritent, l’un un véritable chantier naval chargé de l’entretien des bateaux, d’autres des expositions d’objets et de bateaux consacrés à un thème centré sur la Chesapeake : pêche aux huitres et aux crabes, usine de transformation des produits de la mer, conflits d’usage du domaine maritime, protection de l’environnement, marine de commerce dans la Chesapeake, arrivée de la plaisance dans un milieu professionnel, chasse aux oiseaux migrateurs, canards, oies sauvages et cygnes. Tout y est parfaitement présenté, expliqué et détaillé avec souvent des jeux interactifs pour les plus jeunes. Un ancien phare local est aussi installé sur le terre plain. C’est un modèle de phare fréquent par ici : une plate forme montée sur pilotis inclinés formés de «screwpiles» (tubes d’acier vissés dans les sédiments sur le fond de la baie). Ces phares ne résistaient pas toujours à la glace qui envahit la baie l’hiver et qui emporte tout sur son passage avec les courants et les marées. L’hiver était trop dangereux pour laisser femmes et enfants venir sur le phare.
 
Un des bâtiments du musée nous dit tout sur l’histoire de la chasse dans la Chesapeake qui se trouvant sur le parcours de migration des oiseaux a toujours attiré les chasseurs de tous poils. A une certaine époque, il s’est presque agi de «guerre», contre les oiseaux et même entre les chasseurs. L’émulation était telle entre eux qu’elle a donné lieu à des inventions surprenantes : fusils à huit canons, fusil-canon tenant tout juste dans un canot plat que l’on amenait sans bruit sur le passage des oiseaux, des oies ou des canards.

Mon équipage (même ma mousse qui n’est pourtant pas une fanatique des musées) est revenu enthousiasmé par ce musée qui ouvre des perspectives inattendues sur cette baie aux multiples visages. Ah, vivement qu’on relise le livre de Michener. Seule ombre au tableau, il est impossible, dans cette baie renommée pour ses fruits de mer, de goûter une huitre fraîche. On ne les trouve qu’en conserve ou, dans les restaurants, servies chaudes, le plus souvent frites !!!. Mon équipage a quand même trouvé moyen de se rattrapé sur le crabe bleu local qu’ils ont l’air d’avoir fort apprécié !!!
 
En attendant, le temps avance et nous pointons sur Solomons Island où En-Dro et moi avec, pourrions passer l’hiver… Je donnerai bien sur mon avis même s’il n’est pas sûr qu’on en tienne compte en haut lieu. Quand même, ce que j’en ai entendu me semble plutôt positif : financièrement, un des plus abordables, matériellement, un des mieux équipés pour toutes réparations ou aménagements, confortablement installé avec pontons très bien tenus, piscine, sanitaires sympathiques (ce n’est pas toujours le cas), géographiquement, à portée de voiture des aéroports de Washington ou de Baltimore. Deltaville que nous avait conseillé Jean François André, architecte et constructeur d’En-Dro est sans doute mieux placé au point de vue prix mais beaucoup plus sud (donc moins bien placé pour En-Dro qui va devoir au printemps prochain remonter assez vite vers le Canada) et installé « au milieu de nulle part », donc hors de portée des magasins d’outillage et de pièces de rechange et d’un aéroport international, ce qui est à prendre en compte.
 
Arrêt donc à Spring Cove Marina de Solomons où finalement, il est décidé de revenir. C’est là qu’En-Dro passera l’hiver.
 
En attendant, il reste le temps de remonter le Potomac vers Washington, ce que souhaitait absolument le cap’tain. La capitale n’est pas très loin mais il y a quand même 100 miles de Potomac à remonter pour y arriver. Et le Potomac ne semble pas particulièrement drôle : peu de possibilité d’arrêt pour cause de profondeurs limitées et rives un peu monotones. Par contre cela permet d’arriver à la marina du centre-ville de Washington où le cap’tain a retenu une place. Nous allons donc remonter le fleuve avec des passagers washingtoniens : Mike, Sally et leurs deux jeunes garçons, qui sont ravis de découvrir le Potomac sous un jour qui ne leur est pas familier. Tout s’annonce donc pour le mieux. C’est sans compter sur la météo et les orages qu’elle annonce. Ces orages nous rattrapent à la première escale, et nous visent d’une façon très ciblée. En effet, sur le coup d’une heure du matin, alors que tout le monde commence tout juste à s’endormir dans une chaleur lourde, nous sautons tous en l’air dans un fracas d’éclair. La foudre a frappé. Je me rassérène en entendant le cap’tain dire que le feu de mouillage éclaire toujours ce qui veut plutôt dire que les dégâts sont minimes. Tout le monde se rendort, orage parti au loin. Ce n’est qu’au matin que nous découvrons de visu que la foudre est tombée sur l’antenne de télé et a touché pratiquement toute l’électronique : sondeur, loch, VHF, carte électronique, un des deux pilotes, compas électronique, etc… Catastrophe ??? Non puisque personne n’a été touché. Mike venait tout juste, pour cause de pluie, de quitter le cockpit où il dormait et où il aurait pu peut-être servir de masse avec tous les dégâts que cela pouvait provoquer…
 
Le cap’tain voulait vraiment aller à Washington par la mer et il n’est pas homme à renoncer seulement parce qu’on lui retire une bonne partie de ses moyens de navigation. D’abord, la carte électronique est presque lisible (sans les détails) et l’absence de sondeur veut seulement dire qu’il faudra être très attentif à la dérive et ne pas vouloir s’approcher trop près de terre. Pas impossible, bien sûr, mais nettement moins confortable. Nous continuons donc, nous séparons de nos passagers à l’escale intermédiaire (Mike travaille et n’est donc libre que le WE) et arrivons dans le temps prévu à Gangplank marina. Voilà donc En-Dro installé dans la deuxième marina de la côte est pour le nombre de personne installées là à l’année. Autant dire que nous arrivons dans un village où En-Dro semble le seul ou presque à pouvoir prendre la mer. La plupart de nos voisins sont de petites maisons avec terrasses, balcons à pots de fleurs, petits rideaux, etc…installées sur des radeaux Tout le monde part au boulot dès le matin comme mon équipage qui enfourche ses vélos pour aller à la découverte de la ville. Je me retrouve pour la journée dans un no man’s land, pas silencieux pour autant car la marina est en train de s’agrandir et une grosse machine enfonce des pieux toute la journée, au point que l’on souhaite voir tout le monde revenir et le battage s’arrêter.
 
Je disais donc que mon équipage était parti une bonne partie de la journée. D’après ce que j’ai compris, Washington est une ville difficile à découvrir en voiture mais semble idéale à vélo. Les monuments les plus importants se trouvent tous sur le Mall et sont reliés par des allées faciles cyclables. Ils ont donc pu visiter enfin tous les «Memorials» qu’ils avaient manqués la première fois et il y en a pour tous les goûts. Du Mémorial F.D. Roosevelt tout de granit rose s’étendant sur plus de 200m, au mémorial Martin Luther King, un bloc de pierre blanche coupé en son milieu et sculpté. Sans oublier les «temples grecs» à la gloire des Présidents Lincoln et Jefferson, ou le Washington Memorial en forme d’obélisque, entouré d’autant de Spangled Banner (drapeau des Etats Unis tous en berne ce jour-là car capt’ain et mousse se sont trouvés là le 11 sept...J’en oublie surement mais je ne peux pas tout raconter, il faut y aller voir pour le croire. Les autres monuments impressionnants sont à la gloire des combattants des guerres du Vietnam (où sont inscrits tous les noms des soldats morts au combat, du premier, au début du monument, au dernier, à la fin) et de Corée (les statues des soldats sont en inox) et bien sûr le mémorial du souvenir de la deuxième guerre mondiale. C’est probablement le plus impressionnant de tous : un cercle de monuments au nom de chacun des 52 états des USA et pour fermer le cercle, un mur de plus de 4000 étoiles dorées, une étoile pour 100 soldats tombés au combat.
 
    
 
       
 
Apparemment, quand les américains créent, ils ne plaignent ni leurs efforts, ni leur argent. Et la construction de plupart de ces monuments a été rendue possible par des souscriptions faites auprès du peuple américain qui s’est toujours montré généreux et participe toujours à l’entretien des dits monuments en dons d’argent et de temps pour entretenir et accueillir les visiteurs.
 
Un des acteurs principaux de la culture à Washington est le Smithsonian Institute qui gère pratiquement tous les musées de la ville. Lui aussi ne vit que des dons qui apparemment lui arrivent en masse. Déjà sa création avait été possible grâce au don de 500000 $ fait par James  Smithson en 1835.
 
    
 
Bref, la seconde visite à Washington aura laissé apparemment à mon équipage de meilleurs souvenirs que la première dont restait surtout le souvenir d’une ville difficile à découvrir parce qu’inabordable en voiture (et ce malgré une visite en bonne et due forme par bus touristique).
 
Nous devions rester une bonne semaine à Washington mais le problème foudre aura raccourci notre séjour dans notre marina-village ! En effet, le cap’tain voudrait profiter du grand mois qui lui reste avant son départ pour essayer d’avancer au maximum les réparations sur l’électronique.
 
Demi-tour, donc et redescente du Potomac avec le vent qui a changé, bien sûr. Nous aurons donc fait l’aller et le retour avec le vent dans le nez, ce qui commence à être plus qu’une habitude, bientôt une constante. Heureusement, En-Dro est lourd et nous ne sommes pas trop secoués car le vent ne souffle pas non plus en tempête mais cela veut dire que les deux trajets se sont faits au moteur, inutile dans les deux cas de hisser la moindre voile. Dommage pour les réservoirs de gas-oil qui en prennent à chaque fois un vieux coup. Mais il est prévu de faire un plein en arrivant à Solomons où le cap’tain a repéré un poste à gas-oil pas trop cher : le prix en dollar pour un gallon américain correspond à peu près au prix d’un litre en euro, sur le sol français. Bienheureux d’avoir un gas-oil moins cher aux Etats Unis, cela diminue la note, d’autant que la «risée Volvo» est depuis plusieurs mois notre principal mode de propulsion…
 
Arrivés le lundi à la marina, nous nous retrouvons à terre dès le lundi suivant, veille du départ de la mousse qui se paie un voyage en avion pour son anniversaire et qui s’en va si tôt surtout pour le mariage d’Aurélie, la fille de Bertrand. Heureusement, la petite semaine à terre a permis de faire des travaux déjà difficiles à deux mais pénibles voire impossible pour le seul cap’tain : dès l’arrivée montée en tête de mât pour constater de plus près les dégâts dus à la foudre, descente les voiles, déménagement du pic avant en vue de soudures pour rendre la cloison dite étanche vraiment étanche, dégagement du pic arrière pour désaccoupler vérins et capteurs d’angle de barre des biellettes de safran, etc…
 
Durant le mois d’octobre, le cap’tain m’a abandonné deux week-end pour aller aux très renommés salons nautiques d’Annapolis, le premier consacré aux bateaux à moteurs, l’autre aux voiliers. Décidément il ne peut pas s’en passer ! Et il va être rentré à temps en France pour aller, bien sûr, au Salon Nautique de Paris.
 
Son visa se terminant le 31 octobre, il me quitte pour prendre l’avion de Paris sans avoir eu le temps de faire les réparations sur l’électronique. Elles devront être faites à son retour à la mi-mars. Le reste des travaux est en bonne voie. Je reste au chantier, gardien de deux bateaux : En-Dro et son petit frère Cordova, le dériveur intégral alu de Sylvie et Jean François André (architecte et constructeur d’En-Dro), qui se sont finalement arrêtés là, eux aussi, pour hiverner leur bateau et rentrer en France.
 

 
 
                                                                                                                             Et joyeux noël à tous
 
 
Bon hiver et nous nous retrouvons dès le printemps
 



 NOVEMBRE 2013 : Le voyage d"EN DRO"
 

1 - La Roche Bernard – La Galice                            Juillet 2013

 
 
Enfin, nous sommes partis. La météo était favorable et même si
le bateau n’est pas totalement fini, il peut nous emmener en sécurité.
 
Vous avez reconnu mon style inimitable : je suis le Goéland Lève-Rames (GLR), ah, non, ils veulent me rebaptiser Goéland’dro alors je ne sais plus très bien. Je vais peut-être me tromper, mais vous serez indulgents. De toutes façons, c’est toujours moi. L’important est que toutes ces années à terre soient maintenant derrière nous. On peut dire que j’ai trouvé le temps long, oublié sur mon perchoir pendant tout ce temps, j’avais commencé à prendre racine, me demandant si, les problèmes succédant aux problèmes, nous allions repartir. Mais ne vous inquiétez pas, maintenant que nous sommes à bord, je vais me secouer les plumes et vous faire par le menu un récit des aventures d’En-Dro puisque c’est parti, et parti sur En-Dro.
 
Il était temps. Le cap’tain était prêt d’exploser. D’ailleurs, son horoscope, que j’ai lu le matin du départ, disait : Bélier : «Vous vous sentez las. Vous rêvez de mettre vos doigts de pieds en éventail sous un palmier dans une île paradisiaque». C’est exactement ça, nous avions tous besoin de grand air et d’entendre parler d’autre chose que de problèmes et des allers et retours quotidiens à Mesquer puis Arzal puis La Roche Bernard et de s’entendre dire dans les rues du Croisic : «Vous êtes encore là ?, on vous croyait parti depuis longtemps ».
Mais comme il ne faut pas non plus partir trop vite, notre première étape aura été des plus courtes. Partant de La Roche, nous avons passé la nuit suivante à Arzal, sur un ponton offshore, c'est-à-dire, non relié à la terre, nous étions donc déjà partis. Plus de regrets…
 
Le lendemain, nous passons l’écluse à la première heure et nous retrouvons à la sortie de Vilaine avec un vilain vent presque dans le nez. Le bateau qui était tranquille depuis des mois ne l’est plus du tout et le mal de mer, n’est pas loin pour le mousse, moi-même, goéland accompli pourtant, j’ai du mal avec l’air du large. Comme en plus, tous les bagages ont été chargé la veille au soir directement débarqués de la grande voiture de Soizic, le bateau n’est qu’un chantier. Je ne suis pas habitué à ça, à force d’entendre le cap’tain répéter «une place pour chaque chose et chaque chose à sa place»… Il dit ça quand il est à bord parce qu’à terre, il faut voir son bureau : je n’y retrouverai pas une plume… Chut, il ne faut pas lui en vouloir. C’est vrai que lui, finit toujours par y retrouver ce qu’il cherche…
 
Voyant la météo qui annonce que le vent va tourner et nous être bientôt plus favorable, à l’unanimité, l’équipage décide une petite halte à Port An dro, petite baie assez abritée à l’est de Belle-Île. D’un coup le courage revient pour respirer un grand coup, casser une petite croute, ranger, faire de la place, retendre la drisse de grand voile puis repartir, reposés, pour notre première traversée, direction La Corogne.
 
Dans la nuit, le vent tombe et, finalement, nous ferons la route au moteur et arrivons au petit matin du troisième jour devant la digue de La Corogne. N’ayant qu’un guide vieux de plus de dix ans (notre précédente traversée) nous n’avons pas la moindre idée d’où aller. En fait, sitôt passée la digue nous découvrons des pontons déserts qui n’attendent que nous. C’est la nouvelle marina de La Corogne, gigantesque et en ce début juillet, impressionnante par le nombre de places vides. Nous nous retrouvons installés en quelques minutes le long d’un catway tranquille. Le rêve après trois jours de traversée.
 
Le rêve, pas tant que ça : en effet, j’ai du rester consigné à bord toute l’escale. Hallucinant : Marina Coruna est la première marina que je rencontre où on fait une guerre ouverte aux goélands. Tous les jours, un marinero du port parcourt les pontons à vélo en faisant voler derrière lui un drôle d’oiseau, genre oiseau de proie, en tout cas le genre d‘oiseau qui n’est pas l’ami du goéland. Le cap’tain a eu beau m’expliquer que c’était un faux, que je ne risquai rien, je me suis méfié et suis resté prudemment à l’intérieur.
 
Au programme, repos, travaux, rangements, tourisme, entretien. Finalement, nous allons rester une semaine à La Corogne parce que nous avons besoin de nous reposer et aussi parce que si on reste cinq jours, les deux suivants sont gratuits alors pourquoi ne pas en profiter ? Nous sommes récompensés par une vague de chaleur qui s’abat sur l’Espagne et nous réchauffe le corps et le cœur. Les vélos sont de sortie pour profiter un maximum de notre première escale espagnole.
 
Première escale marquée par une rencontre aussi inattendue qu’extraordinaire : nous croisons l’équipage de Digwed sur le ponton, cela ne vous dit rien. En fait Digwed s’appelait autrefois Antibulle, ce nom vous est plus familier. C’est le premier bateau du cap’tain et son mousse. Brice et sa femme l’ont racheté voila déjà quelques années alors qu’il était pratiquement à l’état d’épave sur une grève de l’île de Batz. Nous les avions déjà rencontrés à Morlaix, leur port d’attache, peu après leur achat. Ils prévoyaient une traversée d’essai vers les Antilles avec leur trois enfants. Nous ne les avions plus revus depuis et la surprise a été totale quand Brice a reconnu Gilles (qui ne doit pas avoir trop vieilli). Gilles n’avait pas reconnu Brice (qui pourtant n’avait pas changé non plus) mais a reconnu tout de suite son Antibulle dont il est vrai que les chaumards faits maison sont inoubliables. Il a été ravi d’avoir des nouvelles de son ancien bateau et nous sommes tous ravis de voir que le bateau a repris vie, au prix d’efforts importants et de gros travaux : changement du mât (15m au lieu de 12M), installation d’un foc à enrouleur, qui le rendent plus rapide et plus sur à la mer. Nombreux travaux de soudure à l’avant, dans le cockpit et sur l’arrière, finalement un peu partout. Quand ils l’ont racheté, le bateau était pratiquement abandonné et apparemment un de ses précédents propriétaire l’avait dépecé morceaux par morceaux qu’il devait revendre. Après tous ces travaux, une petite navigation pour les vacances d’été: à La Corogne, DIgwed était en escale, en partance pour les Açores. Nous les retrouverons surement une prochaine fois dans un autre port, c’est ça la dure vie de marin ! Avant son départ, le cap’tain lui a demandé de regarder sur son AIS (Automated Identification System), s’il voyait En-Dro. Et là, surprise, malgré plusieurs visites de Pochon à bord et une escale technique à La Rochelle, pas d’En-Dro. Encore un problème à résoudre. Pourquoi cela marche t-il en réception (on voit les autres) mais pas en émission (on ne nous voit pas) ? (note du cap’tain : L’AIS se compose d’un émetteur qui envoie à la cantonade le nom, le point, la route et la vitesse, du bateau et d’un récepteur pour recevoir les mêmes informations en provenance des autres bateaux.             Dans l’appareil un calculateur en déduit la distance minimum à laquelle passeront les autres et à quelle heure. On peut aussi comme sur EN-DRO faire apparaitre ces informations sur la carte électronique et sur le radar). Renseignements pris, il manque une antenne que le cap’tain a dans un carton et dont il se demandait à quoi elle pouvait bien servir. Reste donc à installer cette antenne, une de plus (il y en a déjà 3 sur le portique, 2 sur le pont et 2 en tête de mât), mais le câble est trop court, il va donc falloir en trouver un plus long.
 
L’équipage a déjà traversé deux fois le golfe de Gascogne en voilier (moi, goéland, une seule fois), avec Antibulle puis avec Lève Rames et les deux fois, le cap’tain avait piqué sur le cap Finisterre avec l’idée de le passer au plus vite. Cette fois, il souhaitait s’attarder et découvrir un peu la Galice. Après notre escale, nous reprenons donc la route pour de petits mouillages sympas où le cap’tain va pouvoir renouer avec ses petits bains au saut du lit. Nous passons à l’extérieur des îles Sisargas sans les voir, dans une brume épaisse alors que le cap’tain avait pourtant tracé sa route à passer entre les îles et la terre. Température brusquement redescendue, eau de mer à 14°, c’est le temps d’ici. Le cap’tain est passé plusieurs fois par ici en cargo, il n’a jamais réussi à voir ces îles toujours dans la brume. Au passage, nous reconnaîtrons le cap Finisterre qui s’évanouit aussitôt dans cette brume. Finalement, à cause du temps peu propice, nous limitons le nombre de mouillages et allons directement à la ria de Muros, toujours dans une purée épaisse qui se lève brusquement comme on lève un rideau en entrant dans la ria. Heureusement que pour ces navigations, le cap’tain commence à bien maitriser sa carte électronique. Alors qu’il râle beaucoup de ne plus naviguer sur ses cartes papier, il apprécie pourtant les avantages de la carte électronique : commodité d’avoir le point GPS porté sur la carte en permanence (si on dévie de la route, on s’en aperçoit immédiatement), de pouvoir suivre un chenal non balisé, de voir les autres bateaux munis d’un AIS. Avec le système Maxsea, et c’est ce qui intéressait le plus le cap’tain, il y a la possibilité de superposer l’image radar et AIS sur la carte, d’où des facilités accrues à identifier les échos dans la brume. Il apprécie également le système ARPA (automated radar plotting aid) car il a en deux minutes vitesse et route relative de l’écho, sa distance de passage la plus proche et l’heure de ce passage, ce qu’il devait calculer autrefois sur son radar en plotting manuel en 9 minutes minimum. Même sans tous ces systèmes qui tiennent beaucoup de l’usine à gaz, malheureusement, mais qui sont pourtant extraordinaires, nous pouvions faire confiance au cap’tain pour qu’il nous mène sans dommage au
mouillage suivant alors avec tout ça…


 
  
 
A partir de la ria de Muros, petite navigation tranquille, de mouillages en marina. Nous profitons du soleil, Gilles se baigne (l'eau est encore un peu fraîche pour son mousse) et nous faisons la sieste pour récupérer des fatigues d'avant départ, en gardant un œil dehors, bien sur, au cas où !. Soleil ou brume, brume ou soleil mais globalement, gilles a pu se baigner plusieurs fois (l'eau est plus chaude dans les rias).
 
Nous avons mouillé devant Muros mais avons fui la marina de Muros car a lieu demain la fête de la Virgen del Carmen. Contrairement à ce qu'on pourrait croire, il ne s'agit pas seulement d'aller se perdre en dévotions à l'église, ce qui serait normal donc supportable mais à cette occasion, le quai s'est rempli depuis quelques jours de manèges de toutes sortes et nous avons eu droit hier aux essais sono. Nous étions mouillé devant la marina et nos tympans ont déjà beaucoup souffert, impossible donc de rester pour une nuit boum boum... Nous rallions donc Freixo, au fond de la ria, petit port autrefois très actif mais maintenant très envasé, avec un chenal d’accès non balisé, bref, l’endroit que le cap’tain apprécie particulièrement. Eh bien là, aucune angoisse, nous suivons le milieu du chenal sur la carte et on arrive comme une fleur, à marée haute, à l’entrée du port où nous mouillons avec en prime un magnifique déploiement de vieux gréements qui croisent sur l’immense banc de sable, en profitant d’une fin d’après-midi radieuse. Très beau spectacle et dès le soir, grand calme sur la lagune où la basse mer ne permet plus de s’aventurer. Seules quelques effluves musicales nous rappellent que la fête se poursuit à terre. Le lendemain, nous repartons par le même chemin, en suivant notre trace de la veille et nous retrouvons à la marina de Portosin (également port de pêche) où nous remarquons tout de suite l’avertissement d’entrée limitant la vitesse dans le port : le nombre de nœuds a tout bonnement été supprimé par des prudents qui, comme ça sont sûrs de ne jamais dépasser la vitesse limite.
 
Navigation alternée avec travail : ranger et trouver une place pour chaque chose n’est pas facile, mettre définitivement en marche les appareils électroniques (il nous manque toujours l'antenne AIS qui permettrait à chacun de nous localiser, à condition que nos appareils soient ouverts), installation en navigation du bib sous le portique d'une façon aisée et rapide, etc... plus quelques siestes pour récupérer et voila du temps qui passe sans qu'on s'en aperçoive.
Petit à petit, quand même, l’équipage apprivoise le bateau, finalise des installations : hier, par exemple, a été mis au point, à grand renfort de jurons, le système poulie/bouts pour remonter l'annexe sur le portique arrière. Il reste encore à fignoler mais elle a trouvé sa place.
 
Nous allons continuer à descendre le long des côtes mais au train où nous allons, je ne sais pas si nous irons très loin avant de rallier les Canaries. Pffffff.... nous verrons bien, pour l'instant, nous profitons quand même du lieu et de l'instant mais il y a beaucoup de fatigue à récupérer et pour ma part, il m'est arrivé de faire plusieurs siestes par jour, peu importe qu’il fasse jour, la tête sous l’aile et c’est bon.
 
Le cap’tain et son mousse ayant déjà visité, il y a onze ans, la ria de Arosa, d’où ils étaient partis pour un rapide pèlerinage en bus à St Jacques de Compostelle, nous ne faisons cette fois ci, qu’y passer avec un bref arrêt à la marina de Pobra de Caraminal pour se refaire quelques vivres. Et chance, nous tombons le jour du marché, le long du port, étalant une profusion de verdures et de fruits de toutes sortes.
 
Nous repartons, l’idée étant que connaissant déjà un peu ces rias, nous pouvons y passer rapidement pour essayer de pousser jusqu’à Cadix que nous ne connaissons pas (le cap’tain y a fait escale en cargo mais il y a très longtemps et n’en a plus grand souvenir).
 
Un petit coup de rase-cailloux, entre les Îles Ons et la terre, puis, laissant la ria de Pontevedra sur notre bâbord, nous filons vers Bayona, passons entre les Îles Cies et la terre sans s’y arrêter puisque nous n’avons pas demandé l’autorisation de mouiller dans ce parc naturel. Donc pas d’autorisation, pas d’arrêt. Ce n’est pas tellement que l’on empêche les visites puisque nous croiserons des ferries pleins de centaines de joyeux vacanciers prêts à débarquer sur le parc mais sans doute qu’à nous trois, à mouiller dans ces eaux très pures, nous aurions dégradé les fonds, ou pire encore fait peur à un ou deux dauphins…je n’ose y penser. Ah si nous avions eu l’autorisation, rien ne tel ne se serait passé…
 
Direction Bayona, dernière escale espagnole, au sud de la ria de Vigo. Après une brève escale bain et repas dans la Ensenada de Barra, au nord de la ria, nous piquons courageusement vers la marina dont nous nous étions fait jeter comme des malpropres il y a onze ans. En fait, beaucoup d’eau a passé sous les quilles depuis, et une nouvelle marina a été construite comme partout sur cette côte où, en dix ans, les possibilités d’accueil ont complètement changé. On est passé de marinas surpeuplées mais à des prix raisonnables, à de grandes marinas presque vides à des prix prohibitifs. Curieusement, les anciennes marinas sont toujours à des prix raisonnables même si elles ont été agrandies et améliorées en particulier du côté des sanitaires et des services mais dans les nouvelles marinas les pontons sont grandioses, les prix aussi avec souvent un léger laisser aller du côté services et sanitaires. C’est le cas de la nouvelle marina de Bayona : on s’installe où on veut, tellement la place nous tend les bras mais après, les sanitaires sont d’une nullité parfaites, installés dans des baraques de chantiers : deux toilettes pour des centaines de places de pontons, et autant de douches…. Quant au wifi, il ne fonctionne pas sur les bateaux, bien sur et même pas quand on est dans les bureaux de la marina, ce qui est quand même un comble.

 
Après balade dans la vieille ville et visite de la Pinta, une des caravelles de Christophe Colomb, revenue à Bayona annoncer la découverte d’un nouveau monde, nous quittons Bayona, regrettant ces rias qui sont très accueillantes, permettant des navigations douces avec mouillage abrité ou marina tous les soirs ce que notre mousse apprécie beaucoup.
 
 
                                                                                                              Goeland’Dro, toujours fidèle au poste
  



                                                                                                                            

2 - Portugal – Cadix        Août – Septembre 2013

  
                                                              
Ça y est, nous sommes au Portugal, nous avons passé La Guardia, le port frontière dont les photos ôtent toute envie d’y entrer : grosses houles tout autour et probablement à l’intérieur du port qui est pourtant un petit port de pêche actif mais finalement pour nous un mauvais abri.
 
Avant d’aller plus loin, un petit mot de nos rencontres galiciennes. J’ai constaté l’importance des rencontres, plus encore peut-être pour le mousse que pour le cap’tain. Nous avons croisés quantité de bateaux bien sur mais peu qui aient envie de contact. Nombreux sont les plaisanciers sur ce parcours qui sont là en vacances seulement. Ils sont quelques uns aussi que nous n’avons surtout pas envie de revoir….
 
Nous nous étions faits à la fréquentation de gens de pays moins développés et de plaisanciers déshabitués de la vie en immeubles urbains. Une population à l’esprit plus ouvert. Parmi les plaisanciers long courriers on se tutoie spontanément.
Il nous a fallu renouer avec les plaisanciers automobilistes : on retient sa place à la marina comme une place de parking, on refuse comme une agression un autre bateau à couple, on se croise sur les pontons sans se saluer et quand l’inconnu du bateau voisin vous dit bonjour, au mieux on hésite à répondre à quelqu’un qu’on ne connait pas, au pire on tourne la tête. C’est cette population qu’on rencontre majoritairement sur la côte de Galice et du Portugal où se croisent ceux qui vont en méditerranée et ceux qui en reviennent. Heureusement on trouve encore, en plus de ceux qui sont par nature ouverts aux autres, des bourlingueurs qui ont fréquenté d’autres milieux, des plaisanciers de longue date qui ont connu la plaisance au temps où il n’y avait pas en Europe une marina tous les 5 ou 10 milles et où l’amarrage à couple était la norme. Et ces rencontres là nous remboursent au centuple des autres.
 
Nous avons passé la soirée d’avant départ sur «Sanmaryann», voilier français, construction amateur bien pensée, sur lequel nous avons goûté un excellent maquereau pêché et séché maison, j’en garde un souvenir ému. Le séchage est très simple dit-Gérard, mais pour mon équipage, le problème est plutôt de le pêcher…Gérard, lui est dans son élément aux Chausey où il pourrait rester indéfiniment sans mourir de faim. Nous ne les reverrons pas de sitôt puisqu’ils remontent dans leur Normandie et ne partiront pas avant l’année prochaine. Seuls, «Catmalou», autre construction amateur mais plus ancienne, et «Rev’armor », Ovni de 40 pieds, descendent. Ils vont finir l’été sur leur bateau puis le mettre au sec vers l’Algarve, jusqu’à la saison prochaine. En attendant nous allons les retrouver tous les deux tout au long de notre périple portugais et précisément à notre prochaine escale : Povoa de Varzim.
 
D’après les renseignements que nous avions, Povoa semblait être le moins cher des ports que nous devions fréquenter. Nous en avions conclu que si nous avions des travaux à faire (par exemple, installer l’antenne d’émission de l’AIS), c’était le bon endroit, si le travail devait durer un peu. Effectivement, le petit chantier de Povoa n’avait pas le fil d’antenne qu’il nous fallait mais l’a commandé et le problème a été réglé en quelques jours à bon compte. Dès que cela a été fini, «Rev’armor», qui avait rallié Povoa entre temps, nous a confirmé que nous étions bien visibles sur leur AIS au nom d’En-Dro. Hourra, ça marche. «Catmalou» était là aussi mais n’a pas l’AIS donc ne pouvait nous renseigner.
 
Une mention spéciale pour Povoa de Varzim, petite marina à côté d’un gros port de pêche. Outre le record d’être vraiment la moins chère, elle est aussi une des plus sympathique, tant pour les installations que pour l’accueil. A Povoa, nous avons pris des douches dans de vrais douches avec porte manteaux et siège séparés de la partie douche, porte savon, caillebottis sympathiques. Les toilettes étaient propres, correctement pourvues en papier et les distributeurs de savons des lavabos étaient remplis. Un coin bibliothèque en libre échange assez habituel dans les ports fréquentés par des plaisanciers long courriers (un livre pris, un autre remis en échange) recelait quelques trésors dont un guide des voies fluviales aux Etats-Unis. Au fur et à mesure du séjour, et c’était assez drôle, les échanges se sont amplifiés, allant du tee-shirt de foot aux couverts à salade ou au paquet de café (non entamé !). Entre bureaux, pontons et sanitaires, s’étend une zone de stockage de bateaux assez bon-enfant, certains en (re)construction, d’autres en travaux, en peinture, tout ça, au milieu de chiens hyper peinards, écrasés par la chaleur, et dans une ambiance un peu constructeur du dimanche assez plaisante. Et puisque le port est assez bon marché, on y trouve des bateaux hors d’âge, dont on se demande pour certains, comment ils flottent encore. Tout ça à une heure de métro du centre ville de Porto, grande ville où l’on trouve tout (y compris de la boisson), et un aéroport international pour ceux qui veulent laisser leur bateau là pour l’hiver. La ville en elle-même est une station balnéaire très populaire, avec des plages magnifiques bien que baignées de gros rouleaux qui ne rendent pas toujours le bain très facile. Les plages sont équipées de rangées de tentes perpendiculaires à la mer, chaque rangée ayant son nom comme les rues de la ville et les gens sont plus dans les bars où à jouer dans le sable que dans l’eau. Nous n’avons pas loué de tentes sur la plage (ne sachant quelle rue choisir qui correspondrait à notre standing) mais avons arpenté la côte en vélo, du bout de Povoa jusqu’au bout de sa voisine, Vila do Condé, autrefois grand port de pêche et de construction navale et dominée par l’imposant Convento de Santa Clara.
 
C’est aussi une ville très animée et parfois bruyante, non seulement par les séances d’aérobic et de karaoke organisées régulièrement sur le front de mer mais aussi par leurs feux d’artifice diurnes. Nous n’avons jamais vu ça chez nous mais ici (et déjà en Galice), on tire des fusées à toute heure du jour avec une préférence pour l’heure de midi… Il ne s’agit pas seulement de quelques fusées mais de véritables salves qui me feraient cacher la tête sous l’aile. La première fusées fait sursauter et cela devient de pire en pire, pour arriver enfin à l’équivalent d’un tir de roquette au Moyen Orient. (Le capitaine n’est pas d’accord, il dit que je n’ai jamais entendu de tirs de roquette au Moyen Orient. C‘est vrai mais ça y ressemble surement) Au début, nous pensions à des exercices militaires de défense anti-aérienne mais non, c’est seulement pour faire la fête… En fait, ce qu’ils aiment ici, c’est faire du bruit mais nos feux d’artifices sont autrement éblouissants et on en redemande alors qu’ici, on se demande quand ça va enfin s’arrêter.
 
La marina de Povoa est une marina close et gardée, comme toutes les marinas par ici, mais, alors que dans les autres ports, l’entrée fonctionne avec des cartes dument prêtées contre caution, à Povoa, l’ouverture se fait avec les empreintes digitales. Il suffit de poser le doigt choisi sur le lecteur et cela s’ouvre, enfin, on essaie d’ouvrir parce qu’au début, le cap’tain partait à la douche avec son téléphone et appelait régulièrement pour qu’on vienne lui ouvrir la porte des pontons. Ça s’est arrangé quand il s’est un peu décontracté le doigt… à propos de décontraction, on peut dire que l’atmosphère à bord n’y était pas trop. En effet, en plus de l’antenne, il fallait essayer de comprendre pourquoi la machine à laver ne fonctionnait pas, d’où des efforts importants pour sortir et rentrer la machine dans son logement et ce, plusieurs fois jusqu’à la dernière fois où le cap’tain croyait avoir trouvé la panne. Une fois remise en place la machine a refusé de se remplir… Par là-dessus, découverte dans le moteur d’une petite fuite de liquide de refroidissement, c’en était trop, en allant dans le coffre arrière chercher un bidon dudit liquide, le cap’tain s’est bloqué le dos. Obligé d’aller demander l’adresse d’un docteur pour mettre en route un traitement anti-inflammatoire (et relaxant). C’est le mousse qui est allée demander le renseignement au bureau et, à mettre encore au crédit de la marina Povoa, dix minutes après, alors qu’on se demandait comment transporter le blessé jusqu’à la clinica, un marinero s’est présenté avec une camionnette pour nous y emmener. Sympa comme tout. Le problème n’était pas très grave, bien que très douloureux et en quelques jours les choses sont rentrées dans l’ordre. Mais entre temps, «Revarmor» et «Catmalou» étaient partis, d’où un sentiment de grande solitude de se trouver seuls avec un malade en pays étranger. Nous sommes finalement restés cinq jours de plus que prévu à cause de ce blocage, cinq jours qui nous ont été offerts par la marina. Plus que sympa…

J’étais, moi aussi, ravi de cette marina où au moins on ne nous faisait pas la chasse (même si des fils au-dessus des pontons limitaient l’atterrissage mais c’est un jeu d’enfant, pour un animal de mon acabit, de les éviter) et le port grouillait de mulets de toutes tailles. Le rêve pour un oiseau de mon espèce ! Le seul problème étant de choix, lequel prendre au milieu de tout ça ???
 
Solitude qui fut de courte durée puisque nous avons retrouvé «Catmalou» à Douro marina, à Porto, à une courte distance de Povoa. Là, changement complet de style. Nous sommes dans la dernière née des marinas, hyper chic, hyper tendance, entourés de gros bateaux à moteur, coin sanitaire entièrement d’un gris foncé très tendance, sorti tout droit du crayon d’un designer, mais les douches étaient minuscules. Il était prévu de mettre ses affaires dans un casier puis d’aller à poil prendre sa douche sauf qu’il y avait 40 casiers pour 5 douches, ce qui fait quand même 8 personnes par douche. Voilà un designer qui n’a jamais pris une douche de sa vie, en tout cas pas dans les douches qu’il a imaginées.
 
Ayant déjà visité Porto, et souhaitant pousser le plus loin possible avant de piquer sur les Canaries, nous ne traînons pas par ici et continuons avec «Catmalou» vers Figueira da Foz, dont le principal attrait est le marché sur le quai, proche de la marina, seul marché que nous avons vu ouvert un dimanche. Toujours en descendant vers le sud, arrêt à Nazare puis Peniche où nous passons seulement la nuit, souhaitant arriver le plus vite possible à Lisbonne où le cap’tain voudrait résoudre son problème de fuite moteur. Nous avions mis nos espoirs dans James, mécanicien réputé de la marina Parque dos Naçoes à Lisbonne qui nous avait été recommandé pour son savoir faire et son savoir trouver, mais la fuite est tellement imperceptible que même James, ne l’a pas décelée. Finalement, il nous installé des vases d’expansion qui nous permettront de surveiller le niveau du liquide en temps réel. Depuis, nous voyons le niveau qui monte quand le moteur est en marche et redescend quand le moteur refroidit. En fait, la fuite est si peu importante qu’il y a peu besoin de refaire d’appoint.
 
Nous sommes montés jusqu’à la marina Parque dos Naçoes, à une quinzaine de milles de l’embouchure du Tage, juste avant le nouveau et grand pont Vasco de Gama, 17 Km de long, enjambant trois chenaux de navigation, pour avoir affaire à James et aussi parce que cette marina est la moins chère de Lisbonne, aussi bien pour le tarif journalier que pour les tarifs travaux. Nous voulions éviter la marina de Cascais, à l’entrée du Tage, très bien située pour celui qui préfère une demi-heure de train à une longue remontée en voiler pour atteindre le centre de Libonne, mais aussi la plus chère, où l’heure de main d’œuvre est digne des ateliers français les plus chers. En montant nos 15 milles, nous divisions le prix des travaux presque par deux.
 
Cela nous a permis de découvrir une réalisation qui fut grandiose dans sa genèse mais qui n’est plus maintenant que l’ombre d’elle-même. Cette marina a été installée à l’occasion de l’exposition internationale de 1998, qui s’étendait sur tout le quartier appelé aujourd’hui : Parque dos Naçoesx Après l’exposition, il y a eu apparemment beaucoup de flottement sur le devenir des installations. La marina a été réinstallée en 2009 et l’ensemble du quartier bien réhabilité autour de la marina, élément important du quartier, de l’Océarium de Lisbonne, et de différentes autres réalisations où les artistes s’en sont donnés à cœur joie. Le bassin des Tagides par exemple, où se baignent les «vahinés du Tage» dixit le cap’tain. A noter que les vahinés et leur drakkar sont en marbre mais l’histoire ne dit pas si elles laissent de marbre. En tout cas, nous avons pu constater qu’elles vieillissent assez mal.
 
                                                                
      Plongeur de l’Océarium
 
La marina a été dotée de portes pour permettre de contrôler l’envasement du port mais l’efficacité des portes est malheureusement plus que discutable et le port s’envase inéluctablement. Personne n’a rien compris au fonctionnement de ces portes. Les explications données sont elles aussi vaseuses. On nous dit qu’on les ferme avant la marée basse et qu’on les rouvre quand le niveau a remonté mais elles restent ouvertes de 08h30 à 21h00, il y a des heures officielles d’ouverture mais pas de fermeture, certaines nuit on les laisse ouvertes et de toute façon, ouvertes ou fermées, le niveau à l’intérieur suit celui du Tage puisque, nuit ou jour, la marina se retrouve au sec à marée basse. Les documents officiels nous assurent de 2,50m de fond mais quand nous y étions, il est vrai avec des coefficients de marée importants (109, mais cela peut monter jusqu’à 120), nous qui étions dans un endroit encore praticable, nous sommes retrouvés plusieurs fois à marée basse pratiquement dans la vase. Pour nous le problème n’est pas grave puisque dérive relevée, nous nous posons à plat mais pour des quillards, cela peut poser problème encore que la vase soit si molle que l’on s’y enfonce tout droit.
 

 
    
 
En beaucoup d’endroits la vase découvrait de 10 à 20 cm entre les catways. Les pontons à cheval sur des zones plus ou moins envasées étaient transformés en montagnes russes ou prenaient une gite impressionnante selon les endroits.
Triste spectacle d’un investissement considérable qui n’a aujourd’hui, malgré la gentillesse et les efforts du personnel, plus assez de clients pour payer son entretien sans parler des modifications qu’il faudrait apporter à l’infrastructure pour réduire l’envasement annuel.
 
Nous gardons malgré tout de la marina et de son quartier, un souvenir agréable, aéré et tranquille, ce que n’est pas le centre de Lisbonne.
 
Redescendre le Tage se fait à toute allure, le courant naturel du fleuve et la marée descendante nous
emportent à toute allure et nous reconnaissons vue du fleuve, les endroits que nous avons arpentés à vélo.
 

 
        
 

 
Une petite pose à Oeiras pour dire un petit bonjour aux «Catmalou» et nous reprenons de plus belle notre descente vers le sud. En effet, le cap’tain ayant entendu dire que le gas-oil était à 60 centimes le litre à Gibraltar, a décidé de pousser jusque là-bas.
 
 
 
Un arrêt à la marina de Troia, à côté de Setubal : chère, encombrée, bruyante (c’est quand même le seul endroit où nos soirées ont été égayées par des «ferry-boites», scintillants de spots, lasers de toutes couleurs, dont la musique augmente jusqu’à envahir complètement le carré quand ils passent juste devant puis décroit progressivement quand ils s’éloignent et ce jusqu’au prochain passage où le même scénario se renouvelle), douche en marbre certes mais pour nains car minuscules, etc…Oublions Troia qui pourtant est une langue de dunes magnifiques dont des urbanistes géniaux ont réussi à faire une sorte de front de Seine… tant pis pour la dune.

Un arrêt ensuite à Sines où on nous avait dit que le mouillage était payant. Nous n’avons vu aucun marinero en képi avec son carnet à souche et ne l’avons pas attendu. Nous voulions passer le cap Saint Vincent le jour suivant, ce que nous avons fait par temps magnifique et petit vent. Toujours sur notre lancée, nous continuons jusqu’à Olhao dans la lagune de Faro où contrairement à ce qu’indique le guide, la marina est privée et n’accepte pas les bateaux de passage. Nous trouvons une place au bout intérieur du ponton public d’Olhao. Ponton gratuit, tout près du centre ville, un peu trop fréquenté par mes congénères qui y laissent des marques fort peu glorieuses, ponton sans eau ni électricité et soumis à une houle incessante, j’ai failli en attraper le mal de mer. En effet, ce port public est plein de petits bateaux de pêche de plaisance dont les propriétaires semblent tous plus pressés les uns que les autres car, malgré les pancartes spécifiant une vitesse maximum de 3 nœuds, la marina est sillonnée en tous sens de canottes lancés à fond de train, au point que bien souvent, les vagues des sillages viennent inonder le ponton. Olhao a un petit centre ville dont l’attraction est le marché et nous y étions précisément un samedi, nous étions donc à pied d’œuvre et avons pu en profiter à plein. Nous n’étions pas les seuls car toute la lagune, pêcheurs ou habitants viennent faire leurs leur plein de provisions en bateau, d’où une circulation sur l’eau qui donne le tournis, les bateaux arrivant à vide et repartant pleins de sacs de toutes formes et de toutes couleurs.
 
Nous avons apprécié cette escale d’Olhao mais avons été soulagés de quitter ce ponton en perpétuel mouvement. Nous avons laissé la place à deux jeunes espagnols sur un petit bateau qui faisaient une escale nettoyage. Après notre départ, ils sont passé de l’extérieur à l’intérieur. Quand on voit comment l’intérieur était secoué, je préfère ne pas imaginer à l’extérieur.
 
Nous sommes allés mouiller devant Culatra, grande île dunaire qui ferme la lagune et qui aux dire de Dominique, de «Rev’armor», est assez peu touristique, habitée à l’année par des locaux, pêcheurs où anciens émigrants, partis en France un temps et revenus au pays. Toujours pressés par le temps, nous n’avons pas trainé. Mais le cap’tain a quand même commencé à faire des comptes. Il s’est d’abord renseigné en téléphonant à Gibraltar. Il s’est avéré que les 60cts escomptés étaient en réalité 71 cts et non pas d’euros mais de livres sterling, la monnaie de Gibraltar, soient 85 cts d’euro Intéressant quand même mais si l’on compte le gas oil dépensé pour faire les 150 milles de trajet supplémentaires, cela ne semblait plus si passionnant. Je ne sais pas trop bien compter mais j’ai vu l’enthousiasme du cap’tain qui baissait au fur et à mesure qu’il réfléchissait et la goutte d’eau qui n’a rien fait déborder mais a plutôt douché est que les réservoirs ont été à sec dès Culatra. Impossible dans ces conditions d’attendre Gib d’autant que nous aurions du faire le trajet au moteur puisque le vent ne semblait pas propice à nous pousser jusqu’au détroit. Nous avons fait, à l’escale suivante, Vila Real de Santo Antonio, ce que commandait le bon sens : le plein des réservoirs arrières, mais le jour du départ seulement, c'est-à-dire à 1,48 euros alors qu’il était à 1,46 en arrivant. La marina de VRS Antonio se trouve quasiment sur le fleuve, c'est-à-dire en plein courant. Le cap’tain qui maitrise de mieux en mieux la manœuvre avec ses deux moteurs, nous a fait un accostage impeccable bien que l’entrée dans la marina soit sujette à des courants traversiers sournois. La ville se trouve sur le fleuve Guadiana qui fait la frontière entre Portugal et Espagne. VRS Antonio est du côté portugais et le lendemain matin, nous avons fait un tour à Ayamonte, côté Espagnol par le petit ferry qui fait la navette. Nous voulions comparer le prix du carburant entre les deux pays et les deux marinas. Le Portugal gagnait sur le prix de la marina et le prix du gas-oil. Par contre la marina espagnole est surement beaucoup mieux abritée en cas de forts vents de mer, mais nous y étions à la bonne saison et ce n’était pas le cas.
 
Devant partir peu avant la pleine mer pour passer sur la barre, nous avons fait notre plein et sommes revenus à notre place vers 11h30 sous l’œil noir du marinero de service qui nous a demandé ce que nous faisions là, car il est obligatoire de quitter son poste avant midi, sinon, on repaie une journée. C’est la première fois qu’on nous fait ce coup là. En fait, nous avons déjeuné, puis sommes partis en ayant dépassé l’heure légale mais comme c’était l’heure du déjeuner, il n’y a pas eu trop de volontaires pour venir au bout du long ponton. Mais quand même, midi pile, pour une pleine mer à 16h, ce sont des gens sans cœur !!! en tout cas sans bon sens !!!
 
Nous aurions volontiers remonté le Guadiana mais, les jours s’ajoutant au jours, on aurait dépassé la date limite. Nous avons donc piqué directement sur Cadix, jusqu’où nous pensions aller depuis le début du voyage. Evidemment, partir vers 16h impliquait une navigation et une arrivée de nuit. Au moteur, les côtes portugaises et espagnoles ne sont pas sures au moteur car on ne peut dans le noir repérer les casiers, extrêmement nombreux dans ces parages et dangereux pour les hélices. Et c’est là que la chance nous attendait au tournant car le vent a tourné en notre faveur, a augmenté juste ce qu’il fallait et nous avons fait notre meilleure traversée depuis le départ de France, entièrement à la voile et à une vitesse soutenue que nous n’aurions pas faite au moteur (car le cap’tain ne force jamais ses moteurs !). Arrivée à 3h du matin à Cadix, nous avons trouvé le «muelle de espera» et avons fini notre nuit en dormant comme des bienheureux.
 
Très heureux d’avoir pu atteindre Cadix, vieille ville s’il en est, carrefour de multiples civilisations et pleine de vieux monuments. Nous avons sorti les vélos, bien sur, et avons fait une découverte express des vieux quartiers, de ses bastions, de ses châteaux et du port, omniprésent et où, curieusement, tous les coups de pédale du cap’tain le ramènent. Ce fut une escale rapide mais riche
d’histoire et de passé. Très vivante aussi, avec un marché chatoyant même si les prix le sont également….
          
 
Nous l’avons quitté après trois jours de découvertes pour Chipiona, très proche, port d’entrée du Guadalquivir, le fleuve de Séville que le cap’tain rêvait de remonter aussi. Malheureusement, c’est un grand fleuve et il nous aurait fallu arriver là un bon mois plus tôt. Tant pis, ce sera pour une autre fois. A Chipiona, nous avons juste pris le temps d’aller nous recueillir devant la vierge noire de Regla, dont la procession avait eu lieu le WE précédent (procession que nous avions suivi par hasard à la télévision) puis de chercher un supermarché pour refaire la provision de pain du cap’tain. Eh bien pas de pain, On nous avait dit que les magasins rouvraient à 17h30, mais n’en ayant pas trouvé un d’ouvert à 17h45 passées, nous avons regagné le bord sans pouvoir faire une seule course…. Drôle de pays !! Mais il nous fallait encore passer au café internet pour nous connecter, plier et ranger les vélos, prendre la douche, bref, nous n’étions pas du tout à l’heure espagnole…
 
La consultation des cartes météo nous ayant montré qu’il y avait toute la semaine une petite dépression relative sur la zone de Cadix, alors que l’ouest de la région était toujours sous le régime de l’anticyclone des Açores, le cap’tain en a conclu qu’il n’était pas bon de rester dans le coin et nous avons donc fait demi tour, pour refaire en sens inverse une partie du chemin parcouru. Première longue étape : Chipiona – Tavira (nous revenions au Portugal), petit bain et nuit très tranquille malgré le bruit du ressac sur la barre d’entrée, bruit rappelant un peu les nuits passées à Etel… Puis seconde étape Tavira – Portimao où nous avons mouillé dans un premier temps, le cap’tain ayant besoin de son bain quotidien puis marina pour être à pied d’œuvre le lendemain matin pour course et grands travaux. En fait, le lendemain n’a pas commencé du tout sur les chapeaux de roues car il a plu, et bien plu, toute la matinée pour la première fois depuis plusieurs semaines et nous ne sommes allés faire de courses que l’après-midi, idem pour la connexion internet.
 
Nous avons maintenant fini nos ballades sur les côtes portugaises et espagnoles. Il est temps de préparer la traversée vers les Canaries : courses pour une petite semaine (quatre jours environ pour la traversée à vitesse moyenne), étude des cartes météo pour trouver la fenêtre propice, gréement des tangons que le cap’tain repoussait d’escale en escale mais qui devient impératif, etc… bref, le temps est bien occupé. Nous avons retrouvé ici «Rev’armor» qui va finir sa saison entre Alvor petit port voisin et la grande marina de Lagos qui baisse ses prix de façons impressionnante début octobre (de même à Portimao qui pour nous passerait de 50 à 20 euros par jour, à peu près, ce qui n’est pas rien ! mais qu’est ce que nous ferions à rester ici ???). Quand nous aurons fini à Portimao, nous le rejoindrons peut-être à Alvor puis nous rejoindrons peut-être les «Catmalou» à Lagos, les trois dernières escales étant l’une comme l’autre d’excellents points de départ pour la traversée.
 
Avant de le quitter, un petit mot sur ce drôle de pays qu’est le Portugal. Nous avons aimé les portugais souvent bourrus mais accueillants, modernes mais très traditionnalistes. Nous avons moins aimé l’image que donnent leurs politiques image que nous avons découvert petit à petit au travers de nos rencontres et des 6 chaînes du petit écran (dont une qui n’émet pas et la chaîne parlementaire qui a pris des vacances tout l’été.) : mon équipage et moi-même, (qui ne suis pourtant pas une bête de télé et qui n’a pas été habitué à ce confort à bord mais mon équipage s’étant embourgeoisé, j’en profite honteusement), aimons nous imprégner de l’air du pays en regardant les informations et la météo, par exemple. En Galice, ou en Andalousie, l’offre télé est très variée, de nombreuses chaînes locales permettent de mieux découvrir certains problèmes très proches. Au Portugal, les quatre chaînes (regardables) tournent en boucle autour de la politique et du sport (le foot, bien sur !) et, au cœur de l’été, sur les feux qui ravagent tout le pays. Nous nous sommes retrouvés certains soirs avec une chaîne dessin animé et les trois autres branchées sur les mêmes problèmes politiques, majoritairement de malversations financières ou de polémiques entre les partis. Nous avons eu droit en large et en travers au remaniement ministériel qui a accouché d’un gouvernement de 57 ministres et secrétaires d’état (pour une population de 10,5 millions d’habitants). Nous avons eu droit à la commémoration du grand incendie qui a ravagé un quartier de Lisbonne il y a 25 ans avec parade de 47 véhicules incendie et 350 pompiers dans la capitale, alors que, pendant ce temps, la moitié du pays étant en feu (jusqu’à 36 feux de forêts en même temps) on racontait aux gens de la campagne qui perdaient tout, maisons, cheptel et récoltes, qu’on ne pouvait lutter avec efficacité par manque de moyens tant matériels que humains ! Nous avons eu droit aussi au «regresso as aulas» portugais (et «volta al cole» espagnole) alors que nous pensions couper à ce marronnier qui revient toutes les fins de vacances : vous avez deviné, c’est la rentrée des classes avec les mêmes problèmes que chez nous : pas assez de professeurs, trop d’élèves, mauvais découpage scolaire, dont on ne s’aperçoit que le jour de la rentrée, etc… Bref, une impression de pauvreté et de difficulté dans ce pays où le niveau de vie semble plutôt bas, où le portugais moyen semble vivre de presque rien, où la coupe de cheveux est à 7 euros, le menu du jour à 5 euros, boisson comprise (hors zones touristiques) et où les politiques donnent l’impression d’être à leur propre service et non au service de la population qu’ils représentent. Ça n’est pas que je sois anarchiste, mais il y a des jours où on aimerait que tous ce beau monde redescende sur terre. Finalement, heureusement qu’il y a des tirs de fusées pour réjouir le monde car la vie, ici, n’a pas l’air simple tous les jours, en tout cas c’est ce que j’ai ressenti.
 
En fait, ayant découvert sur les cartes météo qu’une dépression arrivait la semaine prochaine, nous avons voulu partir tout de suite (pour ne pas rééditer les trois semaines d’attente de 2002 pour cause de temps de chien !), malgré l’envie qu’avait l’équipage de découvrir Alvor et Lagos et de retrouver une dernière fois (pour l’instant) «Catmalou» et «Rev’armor». En fait, nous avons failli ne pas partir du tout, en effet, les hélices semblaient ne pas répondre en marche arrière, le bateau refusait obstinément de reculer. Je sentais la tension qui montait. Et le cap’tain de jurer : «je croyais que les emm… étaient finies avec ce bateau, mais qu’est ce qui peut se passer ??? Est-ce qu’on serait échoué (c’était pleine marée basse) ???». Heureusement qu’il n’y a pas eu à porter ou a tirer, sinon c’était le lumbago assuré !! Finalement, il nous restait une amarre tournée à l’avant et les hélices répondaient bien mais le bout était solide et on était comme tenu en laisse !! Honte à mon équipage, je les croyais meilleurs que ça !!! Enfin, tout le monde peut faire une erreur, soyons magnanime.
 
Une fois largués, nous sommes partis sans problème, droit sur les Canaries pratiquement sur l’alignement de sortie de Portimao, par beau temps, belle mer, pourvu que ça dure ! Mais un peu de vent serait le bienvenu, pour l’instant, c’est la «risée Volvo». C’est la crainte du cap’tain : devoir faire une fois de plus la route au moteur.
 
 
                                                                                              Goéland’dro, franco, hispano, portugo, breton
                                                                                                                     
 
                                                                                                                                             bref  
 
ps : le  cap’tain me fait remarquer qu’on ne dit pas «portugo» mais «lusitano»… il ne serait pas un peu snob !




 

3 – Canaries    Septembre Octobre 2013

 
La risée Volvo n’a pas eu à se mettre en marche longtemps car les deux premiers jours un bon vent soutenu et portant a très vite pris le relais. Nous étions ravis mais (car il y a toujours un «mais» en voilier !) la houle s’est mise de la partie et nous avons commencé à rouler bord sur bord à ne pas tenir debout, tout tombant à bord (l’équipage y compris). Heureusement que mon équilibre naturel ne m’a pas fait tomber de mon perchoir mais il s’en est fallu de peu. Cette houle affreuse a tenu le temps du bon vent et nous avons fini la traversée au moteur mais sur une mer heureusement redevenue plate. On ne peut pas tout avoir ! Nous étions pratiquement à la pleine lune, lune qui nous a éclairés d’une façon merveilleuse toutes ces nuits. Il n’empêche que naviguer jour et nuit en assurant son quart est très fatigant et c’est là qu’on s’aperçoit que 20 ans plutôt, l’équipage passait des nuits presque blanches sans problème alors que maintenant…
 
Comme lors de leur première traversée sur «Antibulle» avec Valérie et Tony, mon équipage a eu la chance d’apercevoir une tortue nageant près du bateau. Mais alors qu’il y a trente ans, elle semblait dormir, au point qu’ils avaient essayé de la toucher (en fait, elle ne dormait pas du tout et avait plongé dès que le bateau avait été trop près), celle-ci nageait vigoureusement et n’a fait que passer. C’est quand même le signe que nous avons changé d’aire de jeux et sommes bien loin de notre Bretagne.
 
Nous avons visé l’arc est des Canaries : Graciosa, Lanzarote et Fuertevenrura, les îles les plus près de l’Afrique (on y recueille régulièrement des bateaux surchargés de réfugiés venus des côtes africaines très proches dans l’espoir de rentrer en Europe), les plus sèches et donc les plus pelées. Il y a eu sur ces îles dans des temps relativement récents, une activité volcanique importante. A Lanzarote, on peut encore consommer un bifteck cuit sur le barbecue naturel d’un puits volcanique. Ceux qui n’aiment pas la pluie mais adorent la chaleur y seront comme goéland dans son nid : la grosse dépression qui nous est passée dessus juste après notre arrivée à Lanzarote a inondé l’Espagne continentale, a bien arrosé les îles de l’ouest et a oublié les îles de l’est. C’est pourquoi Graciosa, Lanzarote et Fuerteventura sont de vrais cailloux brûlés par le soleil. Un peu chaud pour moi, je l’avoue comme pour notre mousse, le cap’tain lui, supporte assez bien ces températures.
 
Atterrissage sur La Graciosa, minuscule caillou posé en sentinelle au NE des Canaries :
 


Nous n’avons pas été étonnés de nous faire sortir du port, n’ayant pas retenu de place et le seul mouillage encore autorisé au sud de l’île semblant très rouleur, l’unanimité s’est très vite faite pour ne pas s’attarder par ici. Tant pis, j’aurais volontiers survolé et découvert Graciosa mais c’est vrai qu’une nuit supplémentaire à rouler était au-dessus de nos forces. Et pourtant, l’eau était belle et le cap’tain rêvait d’un bain matinal ! Nous avons eu le premier aperçu à Graciosa d’un mal qui ronge toutes les zones touristiques : les interdictions. Nous ne faisons que les découvrir.
 
Adieu La Gracieuse et cap au sud, nous allons longer Lanzarote par la côte est jusqu’à trouver un abri. De mouillage, point, ils seraient plutôt plus mal abrités et plus rouleurs qu’à Graciosa, ce sera donc Arrecife, capitale de l’île, où nous avons entendu parler d’une nouvelle marina. Nous arrivons le dimanche dans un immense chantier où rien ne bouge, où tout semble mort. Finalement, on se demande si la marina est vraiment ouverte mais comme il y a quelques voiliers, nous pensons que oui. Peut-être, comme c’est déjà arrivé, la marina n’est elle pas encore ouverte, donc gratuite mais accessible aux bateaux (c'est-à-dire abri à pas cher !). Après un tour d’honneur pour repérer les lieux, nous nous casons entre deux catways et sommes accueillis par des voix françaises qui nous demandent nos boutes. En deux temps trois mouvements, nous voilà amarrés et redescendus sur terre quasiment dans un coin de Bretagne (qui nous semblait si loin) avec, autour de En-Dro, des «Ti Dom» et «Marc’h mor». Accueil très sympathique même si on nous confirme que le parking est bien payant (dans les moins chers : 0,35€ x L (13,80m) x l(4,40m) par jour), et au moins , ici nous n’avons pas eu besoin de réserver, ce qui devient la dernière mode dans le monde des plaisanciers du dimanche qui jouent aux aventuriers. A ce propos, que n’ai-je entendu de mon équipage ! Mais comment faire pour réserver à Graciosa alors qu’on pense partir la semaine 39 et qu’on part inopinément la semaine 38 ? Comment réserver alors qu’on ne sait pas comment sera le vent ou même s’il y en aura, ni comment sera l’état de la mer ? C’est vrai que l’esprit de la croisière en voilier qui serait plutôt du style «va où le vent te pousse…» ne va pas du tout avec ce qui se passe maintenant où l’on retient son poste à quai comme son hôtel ou sa place de parking. On arrive donc forcément à cette absurdité que des voiliers sont refoulés faute de places, places inoccupées mais retenues par des voiliers retardés ou détournés par les aléas météos. Plus aucune part à l’improvisation ou à l’individualité. Il faut être dans le moule et ne pas s’aviser de vouloir naviguer tranquille avec un but qui n’appartient qu’à soi. Mon équipage m’a raconté leur première arrivée à Lanzarote, il y a trente ans : seul voilier au port de Playa Blanca, au sud de Lanzarote, ils avaient squatté le bout du quai du ferry, de même à Tenerife où Antibulle avait trouvé une petite place au bout de la Darsena Pesquera où il y a aujourd’hui une énorme marina et un gros chantier (où En-Dro va rester au sec, le temps d’un aller et retour en France). Et où, bien sur, comme d’habitude, on comptera encore sur moi pour surveiller le bateau !).
 
Les choses ont donc bien changées, ce qui est normal, l’immobilisme n’est pas forcément une bonne chose. D’après ce que je comprends, les conditions de navigations ont beaucoup évolué : le point au sextant, avec «la double à celui qui voit la terre le premier» demandait du beau temps (pour pouvoir viser le soleil), un certain savoir et même un savoir certain avec des calculs pas toujours simples et toujours au bout du compte, une certaine incertitude. La navigation électronique de maintenant nous donne, sans aucun calcul, notre point à dix mètres près, nous dit où aller, combien de milles nous restent à parcourir et dans quelle direction. Tant que tout cela fonctionne correctement, plus aucune incertitude ! Plus question de donner «la double au premier qui voit la terre» ce serait trop facile. Bref, n’importe qui bien équipé peut faire le tour de la terre sans problème de positionnement. Quant aux problèmes dus à la mer elle-même, à la solitude du navigateur de fond et aux angoisses de l’arrivée, tout est résolu avec les rallyes comme l’ARC (Atlantic race for cruisers) qui, moyennant une somme, fort coquette en général, vous prennent en main avant le départ, vous accompagnent en mer, vous attendent à l’arrivée pour vous réconforter, viennent vous secourir en cas de quoi que ce soit (sauf si ça n’est rien). Bref, un voyage organisé comme on en achète dans les agences où le maximum est fait pour vous accompagner et vous cocooner.
 
 
Bon, en attendant d’être cocooné, le cap’tain s’est remis au boulot : il faut avant la traversée pour les Antilles installer une pompe à pied dans le cabinet de toilette. C’est la bonne façon d’économiser l’eau mais le temps avait manqué pour l’installer. Notre cap’tain, qui veille au confort de son équipage, veut aussi installer une pompe eau de mer pour se laver pendant la traversée, l’eau douce ne servant qu’au rinçage ce qui permet de sauver bien des litres. La pompe elle-même est déjà en place. Il reste un travail de plomberie pour amener l’eau jusque sur le pont puisqu’évidemment, on ne se douche pas à l’eau de mer à l’intérieur !
 
Une petite interruption dans le travail. Comme nous sommes le 24 septembre, la mousse, pour fêter son anniversaire, a imaginé de réunir tout le ponton autour d’une sangria. Et nous nous retrouvons dans le cockpit à près de 20 personnes : tous les français bien sur, mais aussi, un couple québèquois, une famille hollandaise, un couple d’anglais qui ont déjà parcouru la planète en tous sens et des danois qui vont partir en novembre avec l’ARC.
 
      
 
La sangria était délicieuse et la soirée très sympathique.
 
Notre mousse a été très gâtée et le plus beau de ses cadeaux est incontestablement celui de Roxane (7 ans), qui s’est séparée d’un de ses deux trésors : un diamant ! Notre mousse, qui est très bijoux, a beaucoup apprécié et cela l’a certainement beaucoup aidé à aborder ses 67 ans.
 
 
Après la fête, le boulot : premier travail le matin suivant, aller faire remplir sa bouteille de gaz. Le cap’tain était déjà parti en vélo hier après-midi à la recherche de l’usine à gaz mais n’avait pas trouvé. Muni de renseignements supplémentaires, il est reparti ce matin, toujours avec sa bouteille sur le porte-bagage et est revenu deux heures plus tard, fourbu mais content avec sa bouteille pleine. Quand je dis content, je devrais dire à moitié content car il n’a pas eu de propane mais du butane. Ce sera bien pour les pays où nous allons et au moins, comme cela on ne risquera pas de manger froid… Nous avons trois bouteilles Intermarché de 9 Kg chacune et avions espéré, à l’Intermarché d’Olhao, retrouver la même bouteille mais au Portugal, ils ne vendent que des bouteilles portugaises. Le problème est maintenant résolu, nous partirons à plein. Sur le trajet, notre cap’tain, constructeur amateur, a repéré un chantier de construction navale extraordinaire, c'est-à-dire, qui sort de l’ordinaire : de petits esquifs fabriqués à partir de bidons de 200 l et peints de couleurs bariolées. On y tient seulement à une personne. C’est une fabrication exclusivement lanzarotienne.


 
Le but, d’après son inventeur, est de les faire naviguer, ce qu’ils font tous les ans lors d’une régate dont nous avons vu les photos : chaque régatier pagaie avec les mains, tout en essayant de préserver sa stabilité et donc sa flottabilité…. En attendant cet heureux évènement, ses bateaux servent de panneaux publicitaires à des entreprises arrecifiennes. La production s’est diversifiée du plus petit (taille magnet pour le frigo) au moyen (pour faire naviguer son nounours ou décorer sa cheminée) à la taille maximum (fût de 200L).
 
Mais revenons sur En-Dro qui n’est pas en reste en ce qui concerne la construction amateur : après la pompe à pied et le bec verseur du lavabo arrière, le cap’tain s’est attaqué au problème «Iridium». Qui dit Iridium à bord, dit téléphone par satellite. Nous avions déjà un téléphone Iridium à bord de Lève-Rames. Ce fut une expérience chère pour certains : mère et tantes avaient essayé d’appeler le bord sans autre succès que la voix suave d’un répondeur en anglais facturée à prix d’or. Anne-Cécile avait tenté l’expérience, forte de son crédit de téléphone qu’elle avait épuisé en une unique et infructueuse tentative. Le bord avait pris un abonnement hors de prix, que nous voyions augmenter au fur et à mesure des factures. Bref, une expérience plutôt traumatisante. Je ne sais pas si la sécurité du bord s’en est sentie vraiment améliorée. Je préfère la politique du cap’tain qui est de tout faire pour éviter d’appeler au secours plutôt que de se mettre en situation de danger. En tout cas, moi, Iridium ou pas je me suis toujours senti en sécurité avec mon cap’tain à la barre. C’est vrai que je peux toujours m’envoler au cas où… Ah, j’oubliais, mon équipage a voulu augmenter le confort du cockpit. Nous avions à mettre sur les bancs du cockpit, de longs coussins que l’on ne mettait pas souvent parce qu’on marche sur les bancs pour monter vers les passavants. L’idée lumineuse a été de faire couper les coussins en deux, ce qui laisse la moitié du banc libre et n’empêche pas, en cas d’affluence de mettre tous les morceaux côte à côte. Le travail a été superbement fait avec fermetures éclairs adéquates par un «tapicero» de Santa Cruz qui, chose à laquelle nul n’est habitué ici, est venu au jour et à l’heure prévus et nous a rapporté les coussins avec la même ponctualité. L’équipage garde dans ses tablettes les coordonnées de cet homme si ponctuel et efficace pour ceux qui seraient intéressés.
 
Nous sommes restés une dizaine de jours à Arrecife, endroit calme et sympathique et comme nous sommes quand même dans une capitale, petite certes mais tout de même mais capitale (il y a même un magasin Ikea) le cap’tain/plombier/électricien peut trouver presque tout ce qui lui manque pour son travail de plomberie/électricité (et pourtant Dieu sait s’il y a des réserves à bord). Les installations avancent donc sérieusement : pompe à pied, antenne extérieure Iridium sont maintenant opérationnelles. La pompe eau de mer est en bonne voie. Finalement, nous fiant une fois de plus aux prévisions météo qui annoncent pour la semaine à venir des vents de sud (pas trop forts mais de sud quand même), nous allons quitter à regret notre refuge lanzarotien et prendre la route de Tenerife où nous devons mettre le bateau au sec (essentiellement pour faire un nettoyage qui va permettre de partir avec une carène propre). Ti Dom, notre voisin de ponton qui veut mettre également son bateau à terre (pour un problème de safran) a téléphoné au chantier Varaderos Anaga de Ténérife, où nous avons justement réservé. Hector, le directeur, leur a dit de venir très vite car ils sont pratiquement complets dès la semaine suivante. Et comme il nous avait demandé d’arriver avec une petite semaine d’avance pour organiser la manœuvre, mon équipage s’est dit qu’il ne fallait peut-être pas avoir trop de retard pour ne pas qu’ils nous oublient. Ce qui explique notre départ un peu précipité. Nous n’aurons donc pas fait beaucoup de tourisme. Les voisins de ponton l’ont fait pour nous et comme d’habitude, les conditions de visites ne se sont pas améliorées en trente ans. Timanfaya, Le volcan où nous étions allés batifoler en toute liberté est maintenant strictement réglementé. On ne peut plus y aller par soi-même. On doit prendre un bus (payant) qui vous promène à travers le paysage, sur un immuable itinéraire. Bien sûr, il n’est pas possible de descendre du bus, on risquerait de polluer ou de détruire une partie du terrain, peut-être en emportant un caillou souvenir. C’est vrai mais il y en a tellement… Mon équipage n’a pas eu envie de refaire la ballade dans ces conditions-là. Apparemment, le nord de l’île est un peu moins structuré. On y trouve encore de petits villages typiquement lanzarotien mais on trouve aussi un énorme complexe touristique où nous n’aurions pas forcément envie de passer des vacances. Lanzarote manque un peu trop de verdure.
 

 
 
Nous sommes donc partis un beau matin, pour 150 milles de navigation, par petit vent léger, avons dépassé Lanzarote par le sud
 
 
 
 
 

 
et piqué ensuite droit vers Tenerife, dont nous avons aperçu le Teide, 3718 mètres, point culminant de l’Espagne, à une centaine de milles, sur l’horizon.
 
 
 
 
Nous sommes sortis du détroit entre Lanzarote et Fuerteventura en même temps qu’un ferry qui, lui, fonçait à 20 nœuds, qui a dû arriver à Las Palmas en début de soirée et à Santa Cruz de Tenerife en toute fin de soirée. Nous, avec nos 5/6 nœuds, sommes arrivés le lendemain à la mi-journée. Nous ne jouons pas dans la même cour !
 
Le chantier où nous allons se trouve au fond du port de pêche de Santa Cruz de Tenerife. Où il y a trente ans, Antibulle s’était amarré sur le quai du fond. Le lieu, très fréquenté alors par les bateaux de pêche était désert, sans aucune construction. Il fait partie aujourd’hui de la banlieue de Santa Cruz et une partie du bassin abrite une petite marina pour les bateaux de plaisance. Le chantier se trouve au fond de la Darsena où il n’est plus question de squatter le quai.
 
 
 
 
Nous nous sommes donc amarrés au ponton du chantier où nous avons retrouvé Ti Dom, toujours en attente d’une place à terre.
 
 
 
La Darsena se trouve entre Santa Cruz et San Andres, station balnéaire avec une plage magnifique (et d’excellents petits restaurants), tout ça très bien relié par bus. Mais l’équipage a sorti ses vélos qui donnent une autonomie parfaite (sauf quand le vélo du mousse crève trois fois en quatre jours, heureusement que le cap’tain peut revenir à pied en poussant le vélo crevé ou réparer la chambre à air au bord de la route !).
 
Hector a fini par nous trouver une petite place dans son chantier, et même une très bonne place, puisque nous sommes un peu isolés sur l’aire de sablage (où on ne sable pas pour l’instant bien sûr). Mieux placés que Ti Dom qui se trouve tout près d’un vieux bateau en meulage permanent. C’est un bateau de 80 ans construit en tôles d’acier rivetées, dont il semble que tous les rivets soient complètement bouffés par la rouille, la tôle elle-même ne valant pas beaucoup mieux. Il est la propriété d’un jeune allemand qui pense qu’en changeant quelques tôles, le bateau sera navigable. Le problème est que dès qu’il meule une tôle rouillée, il tombe aussitôt sur une autre tôle rouillée, et ainsi de suite… Le cap’tain est épouvanté du gigantesque tas de rouille qu’est ce bateau dont, d’après lui, il n’y a rien à tirer.
 
      
J’ai de la chance d’être sur En-Dro où le problème rivetage et rouille ne se pose pas et où je me sens beaucoup plus en sécurité car j’imagine un intérieur à l’image de l’extérieur… Et nous avons de la chance d’être un peu loin du meulage d’acier qui ne fait pas bon ménage avec l’alu.
 
Dès le bateau à terre, plus personne ne s’occupe de moi. Les sujets de préoccupation sont de se connecter à internet pour prendre des billets d’avion pour rentrer à la maison, commander quelques rechanges chez Volvo (situé à deux blocs du chantier), faire quelques sauts à Santa Cruz pour le ravitaillement (la zone est riche en entreprises bateau mais pas en épicerie). En plus la petite virée à vélo est meilleure pour la santé que le bus (et rend plus indépendant quand il s’agit d’aller à l’autre bout de Santa Cruz acheter une ampoule de rechange (24v, introuvable !)pour le projecteur de mât.
 
Me voilà donc de plus en plus seul. Cap’tain et mousse reviennent tous les deux en France. Heureusement, le cap’tain revient assez vite, avec un sac très chargé de tout ce qui a été oublié lors du départ du mois de juin. Malheureusement, notre mousse qui ne rêve pas de traversée, ne nous rejoindra qu’après la dite traversée vers les Antilles. Elle coupera donc à la traversée mais pas au voyage avion qui n’est pas son truc non plus !
 
Départ prévu pour les Caraïbes fin novembre en dehors du 26 novembre où 250 bateaux partent de Las Palmas avec l’AR !
 
 
 
 
 
                                                                              Goeland’Dro, en veille 24/24
 
PS : je vais consulter ma convention collective pour savoir si cette possibilité est prévue…

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